Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 23:31

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

-Arthur R.

 

 

Brusquement, plus aucun son ne parvint à mes oreilles. La tempête de feu sonore ambiante s’était éteinte d’un seul coup. J’étais pour quelques instants cloitré dans l’univers de mon inconscient et de mes synapses. Le LSD avait pris le pas sur l’acide, qui lui-même avait depuis quelques temps déjà surpassé l’alcool de par ses effets. La réalité se distendait sous mon regard. L’atmosphère qui m’entourait devenait difforme. L’air devenait visible, ondulant et se pliant dans des mouvements improbables, comme une couverture que l’on agiterait dans les airs. Les néons bleus électriques qui hérissaient le plafond de la salle dardaient leurs éclairs sur ma réalité. Mon corps se mouvait indépendamment de mon âme. Je fusionnais presque avec le Grand Esprit. Toujours pas le moindre son. Je voyais des dizaines de visages s’époumoner juste en face de moi, les premiers se trouvant à quelques mètres de distance à peine, les derniers à un peu moins d’une centaine. Robby, Ray et John avaient déjà commencé à réveiller la mélodie. Pourtant, mon univers demeurait irrémédiablement aphone. Feutré. Vide sonore et mondes parallèles. Je commençais de surcroît à perdre tout ancrage dans cet univers occulte et voilé que l’on nomme le monde réel. Les hallus se déployaient sous mon regard à une telle vitesse et dans une telle profusion effervescente que je ne parvenais bientôt plus à faire la part entre ce qui était le produit du fleuve de dopamine et le reste. D’étranges serpents de lumière aux reflets bleutés et violets ondulaient sur les deux côtés de la scène, s’élevant dans les airs jusqu’au plafond. Des portes de couleur jaune, rouge et orange volaient au-dessus du public, chacune menant à un monde où le haut serait le bas, le désert une immense étendue d’eau douce, l’épée un pauvre bout de plastique inoffensif et la plume l’arme suprême. L’air était saturé de nuages sonores et d’énergie électrique. Le calme avant la tempête. Ça n’allait pas tarder à péter. L’atmosphère était lourde comme la veille d’un orage. Le barrage acoustique qui faisait obstacle au déferlement de l’onde sonore dans les méandres de mon appareil auditif était à deux doigts de céder. Je le sentais. La danse chamanique pouvait débuter. Que la fête commence….Brusquement, alors que mon délire semblait atteindre son paroxysme, que j’assistais au duel aérien entre un alligator blanc et un ptérodactyle rose fluo plusieurs mètres du dessus du public, le volume revint d’un seul coup. Avec une force décuplée. Comme si la force musicale compensait ses minutes d’absence par un retour en force bien plus puissant que la normale. L’onde de choc formée par la clameur de la foule, le jeu des instruments et le vacarme ambiant me frappa de plein fouet et faillit me faire chanceler. La bouteille que je tenais à la main manqua de m’échapper et un grand jet de liqueur festive arrosa le sol. Je titubais un moment, hagard, puis me remis d’aplomb juste à temps pour accueillir une seconde déflagration musicale. Celle-ci me culbuta pour de bon et me força à faire plusieurs pas en arrière. Une fois le choc passé, mon regard narcotique vint se poser sur le public animal. Ils avaient faim. Ils n’étaient là que pour une chose : se repaitre des paroles rituelles qu’allaient bientôt proférer ma langue. Chacun se pressais sur ses voisins de devant, tentant de grappiller quelques millimètres en direction de la scène dans le but de récolter davantage de miettes. Pigs. La bête crevait de faim. Il était temps de lui remplir la panse. Je vidais ma bouteille d’une grande rasade, la balançait à l’autre bout de la scène où elle explosa dans un bruit étouffé par les cris sortant des milles gorges de la foule, se transformant en d’innombrables petits étoiles translucides, et m’avançait vers le devant de la scène d’un pas décidé. J’avais sans doute mis un temps beaucoup plus long que prévu pour me présenter. Le groupe jouait la même mélodie de départ depuis un temps indéterminable. J’avais perdu toute notion des choses. Et cela n’avait de toute manière aucune importance : je me trouvais à l’heure actuelle sur les vastes steppes de ce qui deviendrait plus tard le Colorado, partageant mes visions avec un grand chef Sioux. Les bisons couraient en cercle autour de nous. Ma main droite s’empara du micro et vint le plaquer contre mes lèvres. Les premières paroles jaillirent d’elles même, sans que je ne contrôlasse rien. J’avais depuis longtemps perdu tout contrôle. A l’instant même où ces mots s’élevaient dans les airs, la soupape qui ne contenait déjà qu’à grand peine l’hystérie de la foule explosa sous le coup d’une pression mystérieuse et surpuissante, s’élevant à toute vitesse dans les airs avant de se disloquer violemment dans l’atmosphère. Le délire collectif explosa littéralement, le barrage contenant les flots éthyliques, sauvages et libidineux se brisa net, et tout semblant d’ordre quitta définitivement les lieux. Mon regard tournoyant peinait à discerner les détails de la masse informe qui hurlait, sautait et s’agitait en face de moi, mais je pouvais néanmoins apercevoir quelques bribes de la Bacchanale. Une jeune femme à la longue tignasse blonde, à demi nue, était agitée de mouvements frénétiques, comme possédée par un lézard infernal, et donnait des coups de griffes à quiconque osait l’approcher de trop près. Un type d’une quarantaine d’années, à la barbe fournie et aux énormes lunettes noires, descendait une bouteille de scotch a grandes lapées tandis que celle qui était vraisemblablement sa compagne (ou une inconnue rencontrée il y a quelques instants) lui faisait une gâterie. Partout, les corps s’enlaçaient, s’emmêlaient et se démêlaient, s’enivraient, dansaient, hurlaient, chahutaient, se livraient à une pseudo lutte rituelle où acides, alcool et autres substances propres au monde moderne se mêlaient pour faire jaillir chaque âme hors de sa rigueur apollinienne. Ragaillardi par ce déchainement soudain, je décidais (ou plutôt ça décida pour moi) de squizzer un moment le texte habituel pour entamer une longue litanie illogique et à peine audible, où se mêlaient prêches politiques, visions fantasmagoriques, délires de camé et militantisme opposé au conflit vietnamien. Hi people….you know why you’re here for…..the sun is set….away from keyboard…..lullabies, ho my poor, poor Sally….how, there’s a man looking out the door….his eye is screaming….I can’t watch through this piece of wood….something terrible’s gonna happen…the car is stopping, the light is going out…it’s the Clutter’s house….but tomorrow will be a quite normal day…he’s come for….hey, what’s the point … ? How long are you gonna stay under those shitty stones, you fucking bloody pieces of slaves ?? Yeah…I’m talking to you, right now…!!

Soudain, alors que mon corps tout entire se laissait possédé par la diatribe que me soufflait une voix inconnue, un je ne sais quoi se produisit, je perdis brutalement l’équilibre, le monde se mit à danser durant quelques instants, je fus pris de terribles vertiges, d’une vague peur agressant mes entrailles, et quelque chose de solide me heurta brutalement le côté droit, manquant de m’envoyer dans l’univers délicieux de l’inconscience. Je ne réalisais qu’à moitié que la chose que j’avais heurtée était en réalité le sol. Mais pourquoi s’était-il si subitement rué sur moi ? Et qu’est ce que c’était que tout ce bordel autour de ma personne ? Ho putain…Je tentais péniblement de me remettre debout, mais mes jambes me lâchèrent subitement de nouveau et je retombais entre les cannes de deux nymphes hystériques en train de se rouler la pelle du millénaire. Et puis, une marée de chair et de membres fondit subitement sur moi. Des mains venues d’on ne sait où tentaient de me saisir, des dizaines de bouches me couvraient le corps de baisser plus ou moins violent, une ou deux rangées de dents, un escadron d’ongles féminins vinrent me lacérer la peau. Les sueurs froides redoublèrent. J’avais le sentiment d’étouffer. L’air manquait dans ce trou sordide et claustrophobique. Sortir de là, vite, maintenant, maintenant… !!!! Barrez-vous !!!! Mes forces revirent subitement et j’envoyais valser une partie des rapaces qui tentaient de me dévorer vivant. Une demie-douzaine d’entre eux chutèrent violemment au sol et furent aussitôt piétinés par quelques uns de leur congénère voulant leur part du butin. Rétabli sur mes deux jambes mais toujours chancelant, je commençais à distribuer des patates un peu au hasard, écrasant ici une pommette, ici un abdomen, gagné par la fureur sanguinaire qui habite le Berserk tandis que la marée humaine continuait de se ruer incessamment sur moi. Ce fut seulement lorsque je levais un instant les yeux au ciel et vit distinctement le reste du groupe jouer peinard sur scène que je me dis que quelque chose clochait. J’agitais les bras en l’air, sautillant sur place, tout en continuant de repousser la foule des deux mains, et hurlant à m’en déchirer les cordes vocales : « Qu’est-ce que vous branlez, putain ?? Pourquoi vous êtes allés changer la scène de place ?? Revenez bordel, je me fais attaquer par des paquets de zombie moi ici !! »

Et puis, soudain, l’éclair de génie venu du cosmos qui éclaire parfois l’esprit du drogué au fond du gouffre : la scène n’avait pas bougé de place, c’est moi qui avait chuté dans la fosse (d’où le choc douloureux) et qui me trouvait désormais assailli par…une bande de fans en furie prêt à tout pour avoir l’honneur d’effleurer la peau du créateur. Une bande de harpies acheva de déchirer ma chemise et en vinrent aux mains pour se disputer les lambeaux. Il était temps de faire un petit point rapide sur la situation. Bon, j’étais torse poil au milieu d’une bande de tarés au cerveau rongé par la cam’ qui étaient près à m’écharper vivant pour garder une goutte de mon sang en souvenir dans un flacon. Mais tout n’était pas si sombre aux pays des merveilles. Je venais de perdre ma chemise, mais mon collier pendait toujours intact autour de mon cou, tandis que mes bottines et mon pantalon de cuir me préservaient (pour l’instant) d’une nudité complète qui n’aurait pas manqué d’en faire se pâmer plus d’une. Enfin et surtout, ô miracle, en serrant les doigts de ma main droite, je heurtais une résistance métallique. Il s’agissait de mon micro, toujours intact. J’étais encore d’aplomb pour la mêlée. Second miracle, les assauts de la foule commençaient à s’affaiblir et me laissaient presque libres de mes mouvements. Je jetais de nouveau un coup d’œil vers la scène. Une trentaine de mètres et deux cents bonshommes hystériques et avinés m’en séparaient. Bigre. Avisant une bouteille de gin dans la main d’un type à chemise à fleur en plein trip juste à côté de moi, je lui arrachais brutalement et commençais à la vider goulument. Puis, lentement, devant à chaque instant me détacher des mains qui m’agrippaient et repousser les lèvres qui me recouvraient de leur toucher et de leur musique, je me mis en marche d’un pas approximatif, visant la scène mais partant complètement sur la gauche. Le micro se porta de nouveau à mes lèvres et je repris mon « discours » là où la chute l’avait subitement interrompu. Davantage que le contenu, j’en fis rapidement varier la puissance sonore. D’abord calme et hésitantes, mes paroles devinrent de plus en plus rapides, de plus en plus fortes, de plus en plus violentes. On sentait qu’il ne s’agissait là que d’un préambule devant déboucher sur quelque chose d’explosif. Puis, lentement, subtilement, la tirade adopta l’air du son que je m’apprêtais à lancer. Celui dont Manzarek jouait le préambule depuis désormais une bonne dizaine de minutes sur son clavier électronique.

You know the day destroys the night…..

Le peu de personnes encore capables de mener l’indice sonore des paroles jusqu’à l’hémisphère sud de leur cerveau se mirent aussitôt à pousser des hurlements hystériques, que recouvraient toutefois largement le bordel général ambiant.

Night divides the day…..

Des mains toujours plus nombreuses se remirent à m’agripper et je dus de nouveau frapper un peu au hasard, cassant sans doute une ou dent dents au passage, avant de reprendre mon périple.

Tried to run, tried to hide….

Un nombre croissant de gorges se mirent à hurler. Ça n’allait pas tarder à péter de nouveau. Ptain, c’est fou ce que de simples mots mis en musique peuvent provoquer dans le cerveau humain…

BREAK ON THROUGH TO THE OTHER SIDE ! BREAK ON THROUGH TO THE OTHER SIDE ! BREAK ON THROUGH TO THE OTHER SIDE…

J’avais hurlé dans le micro comme si je prononçais mes dernières paroles face à la mort drapée de velours. Curieusement, le public devint tellement hystérique en entendant le refrain qu’ils se désintéressèrent presque totalement de moi pour entrer dans une transe personnelle, mais non moins furibonde. Les corps s’agitaient comme agités de spasmes d’agonie, les bouteilles valsaient dans les airs, les membres s’entrechoquaient. L’atmosphère se brouillait d’une trainée électrique. La suite fut un petit peu confus. Je me mis à marcher plus rapidement et comme un zombie, droit devant moi, continuant à m’adresser au micro, ne prenant même plus la peine de regarder ni où j’allais, ni où je mettais les pieds. Constatant que je tenais toujours dans ma main gauche la bouteille de gin, évidement vide depuis plusieurs minutes déjà, je la balançais machinalement derrière moi. J’ignore si je marchais 30 secondes ou 20 minutes durant, toujours est-il que je finis par me heurter violemment à un mur (je ne prenais pas la stupide précaution de regarder devant moi). Passées les secondes de rétablissement post-traumatique, je parvins à lever les yeux avec difficulté. Hum, je suis plus en état de calculer grand-chose, mais ce truc a bien la gueule de la scène…Sans que j’ai trop le temps de comprendre, deux bras plus amicaux que les précédents m’agrippèrent et me hissèrent solidement dans les airs. Une fraction de seconde plus tard, j’étais allongé sur le bord de la scène. Penché sur moi, je discernais péniblement le visage de Ray qui me donnait des petites tapes sur les joues.

« Jim, bordel, relève toi et bouge-toi le cul d’enchainer sur la prochaine !! »

Avec les plus grandes peines du monde, je me relevais tant bien que mal en titubant et parvins, après quelques secondes, à retrouver un précaire équilibre. Toujours debout et de retour à la maison. Il était temps de passer à la suite. Les premières notes jaillies de la machine de Ray m’arrachèrent un énorme sourire. Ce soir, qui sait, ce serait peut-être bien l’apocalypse…Folie et délires n’allaient pas tarder à communier ensembles dans l’atmosphère insaines de cette nuit enflammée. Il fallait laissait trainailler l’intro un petit moment, encore un peu, encore quelques instants….laisser la Verité mener les fidèles aux frontières de la folie. Montée, montée, montée…..

This is the End…..

J’entendis ma voix jaillirent et raisonner gravement dans le temple, comme une funeste prophétie. Prenez garde, brebis égarées, prenez garde…la clameur de la foule semblait s’être tue, soudainement. Peut-être savaient-ils que quelque chose qui les dépassait tous, et pourtant les concernait au plus haut point était en train de s’élever dans les airs…

Beautiful friend….

Quelques cris isolés s’élevèrent. Silence religieux (ou de mort ?). La messe noire peut débuter.

This is the End, my only friend, the End….

Sans que je le veuille, le timbre de ma voix adoptait des accents subtilement dérangeants et menaçants. Je perdis tout attachement par rapport à mon corps. Mon âme était désormais bien trop attachée à traduire la voie du destin pour se préoccuper des basses réalités matérielles.

Of our elaborate plans, the end

Of everything that stands, the end

No safety or surprise, the end

I'll never look into your eyes...again

La salle se murait peu à peu dans un silence religieux, que seuls un ou deux sifflets isolés venaient temporairement troubler. La plèbe semble comprendre qu’elle était sur le point d’entendre prononcer une vérité terrible, qu’elle savait au plus profond de son être mais qu’elle avait choisi d’étouffer sous des tonnes de ciment brut. La révélation était sur le point d’avoir lieu. Le Grand Soir ne serait plus jamais remis au lendemain.

Can you picture….

 what will be

…..So limitless and free

Desperately in need...of some...stranger's hand

In a...desperate land ?

La voix du lizard king qui prenait la parole au travers de mes cordes vocales montait et redescendait dans des accents dramatiques. Les cymbales cognaient violemment contre les murs de la salle (à moins que ce ne soit directement contre mes temps ?). Un serpent à sonnette grésillait au loin, conférant au silence de mort un caractère oppressant. La chaleur étouffante, l’étendue de sable infinie et le plafond bleuté du désert….rien d’étrange dans un tel décor, et pourtant, une sensation de gêne indescriptible agitait tous nos sens. Une force invisible était à l’œuvre. Un impalpable malaise se répandait dans l’atmosphère désertique. La nature abritait l’anti-nature. Something is going on here….

Lost in a roman...wilderness of pain

And all the children are insane….

All the children…. are insane…

Pluie acide, torrents aux eaux brunes et humidité maladive. C’est désormais la jungle asiatique qui servait de décor à la traversée chaotique dont nul ne ressortirait indemne. Marée d’arbres exotiques qui se murerait bientôt en ouragan de flammes pourpres. La chaire brulerait, les corps muteraient, la folie reprendrait bientôt tous ses droits. Pas d’autre loi que la démence, la saine démence, seule régie qui habite également tout représentant de la race humaine. Le vrombissement des hélicoptères dans les cieux sonnaient comme une ultime mise en garde. Pas d’échappatoire pour le bétail élevé en batterie. Un soleil rouge se lève.

Waiting for the summer rain !!...!

Un hurlement strident s’échappa de ma gorge tandis que je prononçais ses dernières paroles, un hurlement dont l’écho raisonna longuement dans toute la pièce, tambourinant aux portes de chaque esprit attentif. Suspendus à mes lèvres, abasourdis par l’onde de choc qui les submergeait littéralement, ils demeuraient parfaitement immobiles, retenant leur souffle, s’attendant à chaque seconde à ce que ça monte encore d’un cran supplémentaire, à ce que tout aille de nouveau crescendo. Le rythme lancinant continuait de retentir tandis que je gardais un moment le silence. Les danseurs devaient prendre un petit moment de repos.

Retour dans le désert Californien. Ho, road 66….Et si tout cela ne nous menait à rien d’autre qu’à la folie ? Chaque grain de sable reflétait l’étrangeté du soleil. Peur, terreur sourde et irrationnelle. D’autant plus dérangeante.

There's danger on the edge of town……

Ciel d’orage, éclairs à prévoir sur le no man’s land. La scène était désormais baignée d’une lueur rouge orangée en parfait accord avec le thème. Plus aucun son n’émanait du public, sur qui les spots projetaient des fugaces éclats de lumière verts et bleus, leur conférant un aspect irréel, presque fantasmé.

Ride the King's highway, baby….

Weird scenes inside the gold mine….

Ride the highway west, baby….

L’autoroute venait désormais parfaire ce décor banalement apocalyptique. Bande infinie de goudron que des machines de mort mécaniques empruntaient à une vitesse inhumaine, embarquant avec eux des capitaines déments aux buts incertains et aux pulsions destructrices. Long serpent artificiel nous menant droit vers une lumière irradiante de nature inconnue, en passant au travers les limbes du progrès technique, de la machine, de l’hors-humain. Serpentant longuement à travers le désert…un crâne aux longues cornes recourbées gisait sur une dune, la face tournée vers le ciel. La chaleur déformait l’atmosphère, qui s’agitait, se courbait et serpentait autour du voyageur. Que foutaient ces deux types, ce petit indien aux jambes défoncées et ce grand blond à la mine étrange au beau milieu du désert, sur le bord de cette foutue route ou passaient si peu de véhicules endiablés ? Pourquoi le ciel semblait-il se rapprocher lentement de nos visages ?

Ride the snake, ……….ride the snake
To the lake, ….the ancient lake, baby

 


The snake is long……seven miles……

 

Ride the snake...he's old, and his skin is cold….

 

Etrange quête du plaisir insatiable qui gouverne nos vies. Le reptile comme parabole de nos errances plutôt sourdes qu’aveugles ? Un témoin à l’esprit totalement débridé aurait sans doute pu voir de violents éclairs bleutés entourer mon corps. Nous formons une génération bien étrange, un homme nouveau forcé de se retourner le crâne pour supporter le réel. Rien ne vaut le coca cola et les voitures avec sièges en cuir de l’oncle Sam, pas vrai ? Et si la vérité était ailleurs ? Derrière les portes de la perception… Les hommes de Madison Avenue nous dévisagent du haut de la tour de guet et un fin sourire anime leur visage tandis qu’ils voient de quoi notre avenir sera fait…

The west………. is the best…..

The west…. is the best

 

America first. 50s, rebel without a cause, Eisenhower, conservatism et ménage frôlant horriblement la perfection.

 

Get here, and we'll do the rest.

 

 

 

The blue bus…..

 is callin' us…..

 

The blue bus…..

 is callin' us…..

 

Départ pour une nuit inconnue. Je ne sais qu’une chose : il n’y a rien de sympathique après le bord du monde que nous connaissons, et nous y fonçons tout droit. Sergent, faites monter ces quatre types dans la fourgonnette. Voyez comme leur tête est basse, voyez comme les menottes cisaillent leurs poignés, voyez comme l’ombre les guette…..la nuit noire n’était brisée que par l’éclairage intermittent du gyrophare bleu agressif. Prêts pour le grand saut…

 

Driver, where you taken' us ?

 

Frayeur dans le bas ventre et chaos dans les synapses. Encore du rouge, du rouge, toujours du rouge…Pourquoi cette foutue bagnole va-t-elle aussi vite ??

Pourquoi sommes-nous montés dans cette diligence anthracite ? Désormais, nous nous dirigeons tous vers le même destin…et ce dernier est entre les mains de l’homme devant qui défilent des milliers de petites bandes blanches.

Terreur noctambule.

The killer awoke before dawn, he put his boots on

He took a face from the ancient gallery

And he WALKED ON DOWN THE HALL……

 

 

He went into the room where his sister lived, and..then he….

Paid a visit to his brother, and..then he….

 

He WALKED ON DOWN THE HALL,

 

And he came to a door...and he looked inside….

 

Le temps s’était de nouveau arrêté. Cette fois-ci, la mélodie répétée en boucle par les trois bardes de l’apocalypse s’accélérait de plus en plus, adoptant un rythme endiablé, malsain, insane, dément. La foule demeurait immobile et silencieuse, hagarde, perdue dans les limbes de la prophétie qui s’évadait de mes lèvres sans que je ne contrôlasse rien. Un coup de massue spectral avait soudain frappé toute l’assistance. J’étais seul face aux vérités des bacchantes. Le cortex s’étendait à l’infini devant moi, frêle et bien trop faible face à ce déchainement de force sans limites, ses trous noirs menaçant à chaque instant de dévorer ma chair. Des bourrasques hurlantes me rejetaient presque en arrière. Je ne pouvais reculer, je savais que quelque chose se trouvait là, au cœur de l’inconnu, quelque chose sur lequel il fallait à tout prix et sans aucune concession ne pas mettre la main. On pouvait entendre les roulements de tambours frénétiques agiter les murs de la salle. La tension montait crescendo. Toutes les gorges retenaient leur souffle. Et si…

 

 

"Father ?", "yes son", "I want to kill you."

"Mother?...I want to................."

Un frisson d’horreur, de désir, de dégoût, d’amour et de folie foudroya aussitôt les milliers de corps tournés vers moi tandis que j’achevais d’hurler la fin de la tirade dans un flot strident, violent et à peine audible. Mon corps, agité de spasmes fulgurants, tomba au sol alors qu’un son strident continuait de s’élever dans les airs. Je continuais de me tordre dans tous les sens, gagné par une vigueur démente et surgie de nulle part, l’esprit et le corps éveillés les herbes médicinales, l’âme rendue folle par le tonnerre de feu dionysiaque qui venait la bombarder. Chaos, cris, cous, hurlements déchirants, éclairs d’énergie pure explosant dans tous les sens. Pluie noire, nuages d’opale, flots rouges écarlates qui serpentent dans nos têtes…Trop plein de force et de pulsions destructrices explosant dans un orage apocalyptique. Destruction, horror, horror, horror…..La cacophonie sonore, énergétique, surpuissante et destructrice implosait de tous côté, déchirait les crânes, défonçait les tympans, dérèglaient les esprits, déchiraient la surface du monde et menaçaient d’annihiler l’univers dans son essence toute entière. Ho god, make them stop !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us

C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us

And meet me at the back of the blue bus
Doin' a blue rock, On a blue bus
Doin' a blue rock, C'mon, yeaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

!!!!!!!!!!!!!!

!!!!!!

Apocalypse = Renaissance.

 

 

Puis, plus rien. Tout stoppa net, d’un seul coup. La fureur retomba en un clin d’œil, bien plus rapidement qu’elle n’était montée. Un silence de mort régnait désormais dans la salle. Seule, la petite musique lancinante perçait difficilement l’atmosphère ambiante et révèlait qu’il demeurait un peu de vie dans ce décor où s’était produit l’innommable. Je me redressais lentement, presque sans difficulté, trébuchant juste une seule fois avant de retrouver mon équilibre. Des milliers d’yeux hagards, vides, égarés dans un monde parallèle, soufflés par le chaos auquel ils venaient d’être témoins. En reviendraient-ils un jour ? Choc, épouvantable choc….Je m’adressais désormais à un public de spectres. Les âmes mutilées de ces corps étaient désormais impuissantes à les réchauffer.

Ma voix s’éleva de nouveau, d’un ton calme et glacial, contrastant, comme jamais rien ne put contraster davantage avec rien d’autre, avec ce qu’elle était une éternité plus tôt. Accents limpides et sournoisement cruels qui torturent l’oreille et l’âme du témoin. Mes yeux demeuraient rivés sur l’humanité. Rien ne serait plus jamais….différent. Les Bacchantes me suivaient à la trace.

 

This is the end…Beautiful friend
This is the end…..My only friend, the end
It hurts to set you free
But you'll never follow me
The end of laughter and soft lies……
The end of nights we tried to die…..
This…. Is…. The….. end.

 

Roulements de tambour. Dernières notes qui agonisent. Fin de la partie.

 

 

 

Par M. Swann
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