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L’incompréhension. Mon esprit est conçu de telle sorte que je ne peux tout bonnement pas supporter que le sens d’une chose échappe à mon entendement. J’ai la sensation que le savoir universel est là, tout près, à portée de main, qu’un minuscule battement de cil m’en sépare, et pourtant tout m’échappe. Sensation d’un incommensurable gâchis. Gagner le cœur des gens me semble à la fois si simple et si inaccessible….le savoir absolu qui selon Socrate se terre en chacun de nous semble briller chez moi d’une lumière particulièrement éblouissante, et demeurer malgré tout condamné par un irrésistible cadenas de fer. La solution est là, devant moi, mais je ne la vois pas, aveuglé par je ne sais quel dessein.
Plusieurs pseudonymes pourraient me convenir à merveille, ce qui s’explique à n’en pas douter par ma personnalité protéiforme et lunatique. Mon âme ne revêt pas la moindre trace d’unité. Je suis à la fois étranger au monde qui m’entoure, rebelle en jean et casquette, lord britannique, homme de Madison Avenue, écrivain tantôt misanthrope, tantôt amoureux du monde, calme et bouillonnant, glandeur et bosseur, confiant et mort de trouille. On pourrait m’appeler Pook, tel l’esprit farceur qui apparait aux environs de minuit pour distraire, amuser, et surtout apprendre le sens de la vie à un ado un peu paumé et en manque de filles. Mais également Alexander Supertramp, car ce nom revêt à la fois une sonorité pétillante et pleine de punch, et qu’il renvoie au mythe du Grand Départ et de la vie vécue comme un tête à tête avec l’esprit de la nature. Ou encore Dreams, car tel le dieu songeur, énigmatique et un peu paumé d’une BD occulte cernée de magie et de brumes, je traverse mon existence en me pensant investi d’une mission dont j’ignore jusqu’au contenu. L’étranger, sur lequel le monde ne semble guère avoir de prise, témoin passif d’une vie qui se déroule sous ses yeux sans qu’il ne puisse réellement y prendre part. The passenger, spectateur éternel d’un monde qui part en vrille embarqué malgré lui dans une terrible galère existentielle. Bordel, qui a éteint la lumière ?
Albert Camus donne du sens là où l’existence semblait en être dépourvue. Il incarne l’idéal que tout homme souhaitant devenir meilleur ne peut que viser : la mesure, toujours la plus grande mesure dans ses réflexions politiques et philosophiques, la joie de vivre, l’amour de la beauté que recèlent les lieux qu’il chérit, celui des femmes, qu’il aime trop pour se cantonner à la monogamie, et que celles-ci lui rendent bien, la grandeur et l’amour de l’existence maintenues en dépit de la souffrance du corps, la simplicité, l’intelligence, la noblesse de corps et d’âme.
Roméo et Juliette.
Adélie….
J’aimerais pouvoir te parler avec les yeux de Marc Lavoine.
Elle a les yeux revolver….
J’ai un faible pour les naines. Les petites femmes sont toujours les plus hystériques, les plus folles, les plus marrantes, celles qui ont le plus fort caractère. J’ignore si c’est dû à une obscure combinaison génétique, ou si le fait de ne pas pouvoir compter sur leur taille pour jouer les pétasses méprisantes les obligent à développer toute une batterie de charme qui feraient fondre le plus impassible des jésuites. Toujours est-il que tout ce qui est en dessous d’1m55 me fait littéralement fondre comme un muffin fraise-banane ré chauffé cinq minutes au micro-ondes (avec un sucre).
Plusieurs heures de marches et de flânerie rêveuse dans les petites ruelles du quartier latin, partagées entre les bouquinistes intemporels, les boutiques ésotériques vendant malas, ouvrages occultes et bagues d’obsidienne, et les petites librairies cosy et illustres par leur nom et leur ambiance unique au monde (Shakespeare and company étant de loin la plus emblématique de toutes), avaient contribué à attiser tant mon appétit que mon envie de calme et de repos. Lorsque je tombais presque par hasard sur l’enseigne de L’oie qui fume, près de la place Saint Michel, je n’hésitais que quelques secondes avant d’en pousser la porte à la peinture rouge subtilement écaillée. Je fus immédiatement accueilli, comme d’ordinaire, par le patron, sa tenue et ses accents excentriques. « Tenez, venez.. ». Les deux autres serveurs, probablement ses deux fils, dégagent le même air mi-fermé, mi-clownesque. J’y commandais une salade de harengs, un cheeseburger et une crêpe au chocolat fondant. Quel bonheur que de laisser fondre la tendre chaire du poisson entre ses dents, tout en se laissant imprégner de la délicieuse ambiance qui règne en ce lieu, et que je ne retrouverais sans doute jamais nulle part ailleurs ! Le rouge domine toutes les autres couleurs, s’affichant aux murs, au plafond et sur la nappe. Jamais criard, discret malgré sa forte présence, conférant à la pièce un air feutré et enivrant, tel un vin de bohème, il partage son pouvoir avec un blanc pur, tranchant subtilement avec son camarade et venant ajouter un peu de candeur à l’ensemble. Tout un tas d’objets étranges viennent compléter le décor, depuis les panneaux d’indication datant des années 50 jusqu’à l’aquarium en forme de casque de scaphandre, dans lequel un énorme poisson d’origine inconnue apparait et disparait entre d’énormes algues. Le voyageur souhaitant pisser les nombreux verre d’eau ingurgités durant le délicieux repas devra pour cela traverser un immense et tortueux couloir, donnant la sensation que le restaurant possède, tel un iceberg hyperboréen, une gigantesque partie immergée, longé des bataillons de grands crus, passer devant les fourneaux et écouter les lattes du parquet crisser doucement sous ses pas, dans un paisible ronronnement de satiété.
J’imagine que la majorité des êtres humains abritent une tendance masochiste au fond de leur être. J’ose cependant croire que la mienne est immensément plus développée que celle du commun des mortels.
Rêver d’un moment idyllique procure-t-il autant de bonheur que de le vivre réellement ?
Oraisons du soir.
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