Dimanche 19 juin 2011 7 19 /06 /Juin /2011 20:51

A cette soirée où je me suis retrouvé un peu par hasard, moins par envie de boire des bières jusqu’à devenir saoul, sociable et drôle que par désir de détourner mon esprit de la lourde et sinistre torpeur dans laquelle le « départ » l’a plongé. Par départ, comprendre le retour sur Paris, le déménagement et la nécessité de quitter les trois femmes qui m’aimaient assez pour parvenir à me supporter au quotidien.  A mon arrivée, je fais rapidement le tour des différentes personnes présentes, ajoutant à quelques reprises au « salut » impersonnel deux ou trois mots évoquant des frasques récentes demeurées en mémoire, passées bravement au travers de l’intraitable filtre éthylique qui exerce son empire sur les synapses. Je prends un verre et me plante à l’intérieur d’un cercle déjà engagé dans une discussion.  Thibaut, assis juste à côté de moi, me dit que j’ai bonne mine et s’extasie devant ma casquette jaune poussin. Je lui réponds par un autre truc gentil. J’ai beau apprécié grandement quelques-unes des personnes présentes, je suis assailli par des absences à répétition.  Mon esprit a comme bien souvent décidé de laissé son double charnel pataugé seul dans les eaux troubles de la sociabilité pour s’élever vers d’insondable nébuleuses teintées de joyeux mystères. Une main de femme se pose sur mon épaule. Comme chaque fois que ce genre de truc sur ce produit, une chaleur douce et furtive inonde mes circuits, l’espace d’une fraction de secondes, pas davantage. Je me retourne en entendant prononce mon nom. Surprise. Il s’agit de Tiphaine, une nana que je n’ai pas vue depuis plusieurs années. Elle a les cheveux plus courts qu’avant, jusqu’au bas de la nuque, et est beaucoup mieux fringuées. Sa robe d’été couleur crème mets ses formes en valeur d’une manière délicieusement imparfaite. Elle est plus jolie que dans mes souvenirs.

« Heyy ! Hé ben, ça fait un bail ! »

« Oui c’est clair ! Tu euh…enfin, tu fais quoi maintenant ? »

« Officiellement j’étudie le commerce dans une obscure cité entourée de montagnes où les indigènes mangent de la tartiflette et boivent de la Chartreuse. Officieusement, j’essaie d’écrire un bouquin. Le but premier serait de le finir, le deuxième qu’il me rapporte des sous, le dernier qu’il remporte le Goncourt. Et toi ? En école d’art non, quelque chose comme ça ? »

« Oui ! Enfin, architecture d’intérieur ! »

Elle a le sourire timide, légèrement en retrait. A croquer. Nous parlons pendant pas mal de temps, évoquant le passé, nos connaissance communes (que nous avons pour la plupart tout deux perdues de vue), je déconne un peu, elle rit de temps en temps, sourit beaucoup.  Je prends son numéro un peu plus tard en prétextant une future et hypothétique soirée avec quelques potes de l’époque. Je ne l’ai toujours pas rappelée.

L’alcool commence à monter et je ressens l’envie d’adresser un haïku aux étoiles. L’agitation commence à gagner la foule. Des gamins courent dans tous les sens (il s’agit à l’origine d’une fiesta organisée par les familles des handballeurs de la ville pour fêter leur montée dans le championnat supérieur), les verres s’entrechoquent, quelques familles commencent à partir, une bande de joueur gueulent des chants à tue-tête et allument des joints, l’obscurité étend peu à peu son empire sur les lieux.

 

D’un coup, sans trop savoir pourquoi, je repense à cette nana,               Alice, une amie de mes (ex) colocs que j’ai eu l’occasion de voir à quelques reprises, dont une fois dans un état d’ébriété avancée. Un inexplicable sentiment de regret m’envahit. Je me rends compte que les probabilités pour que nos chemins se recroisent un jour sont extrêmement faibles. Non pas que j’aurais aimé que nous fassions folie de nos corps dans un grand lit à baldaquin aux draps de soie. En fait, elle ne m’attirait pas trop physiquement. Et je ne l’ai pas suffisamment connue pour désirer communier avec son âme. Non, il s’agit plus d’une sorte de spleen lié à l’effrayante fatalité de l’existence : qu’on le veuille ou non, une écrasante majorité des personnes qui ont jadis constitué notre réalité, ainsi que de celles qui donnent de la couleur à notre monde actuel, seront tôt ou tard inexorablement amenées à s’écarter de l’immense route rectiligne que nous parcourons. Ce qui a jadis compté plus que tout, ceux que nous nous disions aimé plus que tout, ou même tout simplement ceux qui jouaient un rôle fixe dans la pièce que constitue notre quotidien, peut disparaitre sans laisser davantage de marques qu’une poignées de souvenirs teintés de regrets, pâlissant avec le mouvement de la grande roue du Temps. Comme l’avait très bien compris Proust, tout une partie de notre être (si ce n’est tout notre être) est à court, moyen ou long terme voué à la mort.

Mon corps continue d’errer un peu au hasard, discutant brièvement avec les différentes personnes présentes, tandis que mon esprit continue de divaguer à des années lumières de la réalité matérielle. Un type que je connais à peine me parle avec passion du projet qu’il tente actuellement de développer : une application iphone qui vous avertit lorsque Jacques Brêle passe à la télé. A mesure que la foule s’étiole, que le taux d’alcoolémie ambiant grimpe en flèche et que les discussions s’effilochent, ou tournent au délire le plus parfait, je commence lentement et subrepticement à détacher mon attention de l’extérieur pour la retourner vers moi-même. Les pensées, les doutes, les craintes commencent rapidement à exercer leur emprise sur mes sens. Toujours cet immense sentiment de solitude qui m’accable même lorsque je suis en bonne compagnie. Même lorsqu’on me témoigne de l’attention. Je ne parviens même plus à me détacher de l’idée que je tiendrais toujours davantage à mon entourage qu’eux ne tiennent à moi. Friedrich, dans un roman de fiction psychanalytique chargé d’émotions et de réminiscences en tous genres, décrit avec un réalisme tout ce qu’il y a de plus cruel cette vérité indélébile : « D’habitude, les adieux s’accompagnent de promesses, de refus de croire que ce sera la dernière fois ; les gens se disent « au revoir », pensent tout de suite à une nouvelle rencontre, et puis ils oublient tout aussi rapidement leurs bonnes résolutions. Moi, je ne fais pas partie de ces gens-là. Je préfère la vérité, à savoir le fait que nous ne nous verrons sans doute plus jamais. » Malheureusement,  la vérité est toujours laide. Heureusement que nous avons l’art pour ne pas en mourir…..

C’est dingue ce que l’esprit humain peut être mal branlé. Un nombre incalculables de vérités scientifiques demeurent peu accessibles à notre entendement, sembleraient inconcevables à tout esprit ingénu. La branlette procure moins de bonheur qu’un ébat sexuel en binôme, pourtant, dans les deux cas, j’active exactement les mêmes organes et leur fait connaitre les mêmes réactions. Si l’on pose un grain de riz sur la case située dans le coin inférieur droit d’un damier, plus deux sur sa voisine de droite, quatre sur la suivante, huit sur celle d’après, etc…et que l’on stocke la quantité totale de riz obtenu dans des camions remorque, eux-mêmes placés en file indienne, la taille de cette file équivaudra à 48 milliards de fois la distance entre la terre et la lune.

Sans trop savoir ce qu’il s’est produit entre mon dernier souvenir et le moment présent, je me retrouve, à une heure avancée de la nuit, à disserter sur la littérature du XXe siècle avec un type rencontré le soir-même, sortant d’une année de fac de lettres modernes. Il me demande si j’ai un modèle au sein du monde littéraire. Je ne peux répondre qu’en parlant d’un algérien ayant su gouter pleinement à la vie tout en étant conscient de son absurdité. Plus le temps passe, plus ma fascination pour Albert Camus grandit. Camus fait partie de ce genre de personnes bien particulier, que vous voudriez pouvoir prendre pour modèle, mais vous vous abstenez immanquablement de le faire par crainte que la copie ainsi formée ne soit une insulte à la grandeur et à la perfection merveilleusement imparfaite de l’original. Camus avait tout. Un succès littéraire et philosophique gigantesque, tout d’abord, dont il put profiter de son vivant, et dont le mérite est encore accru par le fait que contrairement à nombre de ses pairs, l’homme était issu d’un milieu des plus modestes, marqué par l’illettrisme et la nécessité de ne vivre et de penser qu’au quotidien, au plus proche, au plus concret. Une vie riche en émotions et évènements en tous genres, en dépit d’une santé défaillante, qui accroit encore son mérite et donne une magnifique leçon de persévérance, de courage et d’amor fati. Contrairement à nombre d’autres philosophes, Camus ne paya pas son talent et son intelligence d’un caractère associable ou d’une incapacité à s’unir aux consciences de son entourage. Il savait briller en société, les femmes l’adoraient, et il le leur rendait bien. L’un de ses ouvrages phares, long d’une centaine de pages à peine, est l’un des ouvrages français les plus lus à l’étranger (sans mauvais jeu de mot), possédant un caractère d’intemporalité et d’universalité qui lui permet de conserver toute sa force, et même d’adopter de nouveaux visages inconnus, une fois traduits dans des langues n’ayant rien en commun avec le français. Le héros de ce bouquin est un type qui se fout de tout, dont on peine à percer la personnalité, et qui pourtant explose à la fin dans une tirade aux accents de prédicateur, presque apocalyptique, qui résonne encore longtemps aux oreilles du lecteur après que celui-ci a reposé l’ouvrage dans sa bibliothèque. Camus savait marier l’exigence d’une vie intellectuelle rude, laborieuse et difficile, avec les plaisirs simples et nécessaires au bonheur quotidien. Il aimait à la fois les disputes philosophiques, les débats  interminables et les prises de position politiques et métaphysiques, mais également les apéritifs au soleil, la douceur piquante des olives vertes, le sourire et les caresses des femmes, l’ivresse de la vie. Camus est méditerranéen. Il incarne un idéal profondément inaccessible. Des nuages dorés par le soleil et malheureusement inatteignables, mais dont la seule vision vous montre que la vie peut être plus sympa qu’elle ne le semble à de nombreux égards. Camus, comme Oscar Wilde avant lui et Serge Gainsbourg à sa suite, donne envie de devenir adulte. Souvent, alors que je me trouve confronté à une situation dont je suis incapable de me sortir (abstraction qui se concrétise la plupart du temps sous la forme d‘une nana qui m’obsède et que je suis incapable de lever correctement), je me demande ce que Camus aurait fait à ma place. Et je ressens alors cet étrange sentiment de connaitre la clef du problème sans être capable de l’appliquer. Je sais parfaitement quel serait le comportement à adopter, la ligne à suivre, tout est parfaitement clair dans mon esprit, cependant, je suis dans le même temps parfaitement incapable de faire passer ce savoir du monde intelligible vers le monde sensible. Un peu comme quelqu'un qui a maté des matchs de football toute sa vie et connait par coeur le moindre des gestes à effectuer pour dribbler la moitié du terrain, mais ne sait pas courir trois mètres avec un ballon.

La soirée touche à sa fin. Je dis au revoir rapidement et me met en marche mécaniquement, sans trop savoir pourquoi je continue de mettre un pas devant l’autre, ni même pourquoi je ne me suis même pas posé de question avant de décider de ma direction. Des cohortes de pensées, de troubles et d’interrogations perplexes s’entrechoquent derrière les remparts de ma boite crânienne. Plusieurs thèmes dominent la mêlée, toujours les mêmes, infatigables généraux enlisés dans un conflit perpétuel, sans issue possible, contraints de mener leurs hommes au casse-pipe pour l’éternité. La vitesse à laquelle on peut passer du Tout le plus absolu au néant le plus total dans l’esprit et le cœur d’une personne me laisse sans voix. Le tyran que l’on nomme Pourquoi me perfore infatigablement les tempes. Je voudrais m’évader au pays de Morphée, mettre ma conscience en veilleuse pour qu’une parenthèse de silence infini s’ouvre et succède à ce chaos infernal.

Dingue que l’on puisse ainsi affronter des dizaines  de situations avec un enjeu énorme tout en s’en foutant comme d’une guigne, et être mortifié parce qu’un malheureux texto décide de pointer aux abonnés absents.

Je repense à cette étrange bande dessinée qui m’a tant marqué : une sorte de voyage initiatique avec pour principal protagoniste un jeune blondinet vaillant qui fait route avec un mystérieux inconnu sapé tout en rouge, fredonnant toujours la même chanson étrange. Un voyage qui les mène toujours plus loin dans l’absurde et le parallèle.

Temps variable en soirée et araignée du matin.

 

Par un clair matin

Trois petits lutins

Cheminent sans entrain

Le long du chemin

Les menant au loin

Un chemin sans fin

Nous verrons demain

Demain incertain...

 

Par M. Swann
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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 23:31

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

-Arthur R.

 

 

Brusquement, plus aucun son ne parvint à mes oreilles. La tempête de feu sonore ambiante s’était éteinte d’un seul coup. J’étais pour quelques instants cloitré dans l’univers de mon inconscient et de mes synapses. Le LSD avait pris le pas sur l’acide, qui lui-même avait depuis quelques temps déjà surpassé l’alcool de par ses effets. La réalité se distendait sous mon regard. L’atmosphère qui m’entourait devenait difforme. L’air devenait visible, ondulant et se pliant dans des mouvements improbables, comme une couverture que l’on agiterait dans les airs. Les néons bleus électriques qui hérissaient le plafond de la salle dardaient leurs éclairs sur ma réalité. Mon corps se mouvait indépendamment de mon âme. Je fusionnais presque avec le Grand Esprit. Toujours pas le moindre son. Je voyais des dizaines de visages s’époumoner juste en face de moi, les premiers se trouvant à quelques mètres de distance à peine, les derniers à un peu moins d’une centaine. Robby, Ray et John avaient déjà commencé à réveiller la mélodie. Pourtant, mon univers demeurait irrémédiablement aphone. Feutré. Vide sonore et mondes parallèles. Je commençais de surcroît à perdre tout ancrage dans cet univers occulte et voilé que l’on nomme le monde réel. Les hallus se déployaient sous mon regard à une telle vitesse et dans une telle profusion effervescente que je ne parvenais bientôt plus à faire la part entre ce qui était le produit du fleuve de dopamine et le reste. D’étranges serpents de lumière aux reflets bleutés et violets ondulaient sur les deux côtés de la scène, s’élevant dans les airs jusqu’au plafond. Des portes de couleur jaune, rouge et orange volaient au-dessus du public, chacune menant à un monde où le haut serait le bas, le désert une immense étendue d’eau douce, l’épée un pauvre bout de plastique inoffensif et la plume l’arme suprême. L’air était saturé de nuages sonores et d’énergie électrique. Le calme avant la tempête. Ça n’allait pas tarder à péter. L’atmosphère était lourde comme la veille d’un orage. Le barrage acoustique qui faisait obstacle au déferlement de l’onde sonore dans les méandres de mon appareil auditif était à deux doigts de céder. Je le sentais. La danse chamanique pouvait débuter. Que la fête commence….Brusquement, alors que mon délire semblait atteindre son paroxysme, que j’assistais au duel aérien entre un alligator blanc et un ptérodactyle rose fluo plusieurs mètres du dessus du public, le volume revint d’un seul coup. Avec une force décuplée. Comme si la force musicale compensait ses minutes d’absence par un retour en force bien plus puissant que la normale. L’onde de choc formée par la clameur de la foule, le jeu des instruments et le vacarme ambiant me frappa de plein fouet et faillit me faire chanceler. La bouteille que je tenais à la main manqua de m’échapper et un grand jet de liqueur festive arrosa le sol. Je titubais un moment, hagard, puis me remis d’aplomb juste à temps pour accueillir une seconde déflagration musicale. Celle-ci me culbuta pour de bon et me força à faire plusieurs pas en arrière. Une fois le choc passé, mon regard narcotique vint se poser sur le public animal. Ils avaient faim. Ils n’étaient là que pour une chose : se repaitre des paroles rituelles qu’allaient bientôt proférer ma langue. Chacun se pressais sur ses voisins de devant, tentant de grappiller quelques millimètres en direction de la scène dans le but de récolter davantage de miettes. Pigs. La bête crevait de faim. Il était temps de lui remplir la panse. Je vidais ma bouteille d’une grande rasade, la balançait à l’autre bout de la scène où elle explosa dans un bruit étouffé par les cris sortant des milles gorges de la foule, se transformant en d’innombrables petits étoiles translucides, et m’avançait vers le devant de la scène d’un pas décidé. J’avais sans doute mis un temps beaucoup plus long que prévu pour me présenter. Le groupe jouait la même mélodie de départ depuis un temps indéterminable. J’avais perdu toute notion des choses. Et cela n’avait de toute manière aucune importance : je me trouvais à l’heure actuelle sur les vastes steppes de ce qui deviendrait plus tard le Colorado, partageant mes visions avec un grand chef Sioux. Les bisons couraient en cercle autour de nous. Ma main droite s’empara du micro et vint le plaquer contre mes lèvres. Les premières paroles jaillirent d’elles même, sans que je ne contrôlasse rien. J’avais depuis longtemps perdu tout contrôle. A l’instant même où ces mots s’élevaient dans les airs, la soupape qui ne contenait déjà qu’à grand peine l’hystérie de la foule explosa sous le coup d’une pression mystérieuse et surpuissante, s’élevant à toute vitesse dans les airs avant de se disloquer violemment dans l’atmosphère. Le délire collectif explosa littéralement, le barrage contenant les flots éthyliques, sauvages et libidineux se brisa net, et tout semblant d’ordre quitta définitivement les lieux. Mon regard tournoyant peinait à discerner les détails de la masse informe qui hurlait, sautait et s’agitait en face de moi, mais je pouvais néanmoins apercevoir quelques bribes de la Bacchanale. Une jeune femme à la longue tignasse blonde, à demi nue, était agitée de mouvements frénétiques, comme possédée par un lézard infernal, et donnait des coups de griffes à quiconque osait l’approcher de trop près. Un type d’une quarantaine d’années, à la barbe fournie et aux énormes lunettes noires, descendait une bouteille de scotch a grandes lapées tandis que celle qui était vraisemblablement sa compagne (ou une inconnue rencontrée il y a quelques instants) lui faisait une gâterie. Partout, les corps s’enlaçaient, s’emmêlaient et se démêlaient, s’enivraient, dansaient, hurlaient, chahutaient, se livraient à une pseudo lutte rituelle où acides, alcool et autres substances propres au monde moderne se mêlaient pour faire jaillir chaque âme hors de sa rigueur apollinienne. Ragaillardi par ce déchainement soudain, je décidais (ou plutôt ça décida pour moi) de squizzer un moment le texte habituel pour entamer une longue litanie illogique et à peine audible, où se mêlaient prêches politiques, visions fantasmagoriques, délires de camé et militantisme opposé au conflit vietnamien. Hi people….you know why you’re here for…..the sun is set….away from keyboard…..lullabies, ho my poor, poor Sally….how, there’s a man looking out the door….his eye is screaming….I can’t watch through this piece of wood….something terrible’s gonna happen…the car is stopping, the light is going out…it’s the Clutter’s house….but tomorrow will be a quite normal day…he’s come for….hey, what’s the point … ? How long are you gonna stay under those shitty stones, you fucking bloody pieces of slaves ?? Yeah…I’m talking to you, right now…!!

Soudain, alors que mon corps tout entire se laissait possédé par la diatribe que me soufflait une voix inconnue, un je ne sais quoi se produisit, je perdis brutalement l’équilibre, le monde se mit à danser durant quelques instants, je fus pris de terribles vertiges, d’une vague peur agressant mes entrailles, et quelque chose de solide me heurta brutalement le côté droit, manquant de m’envoyer dans l’univers délicieux de l’inconscience. Je ne réalisais qu’à moitié que la chose que j’avais heurtée était en réalité le sol. Mais pourquoi s’était-il si subitement rué sur moi ? Et qu’est ce que c’était que tout ce bordel autour de ma personne ? Ho putain…Je tentais péniblement de me remettre debout, mais mes jambes me lâchèrent subitement de nouveau et je retombais entre les cannes de deux nymphes hystériques en train de se rouler la pelle du millénaire. Et puis, une marée de chair et de membres fondit subitement sur moi. Des mains venues d’on ne sait où tentaient de me saisir, des dizaines de bouches me couvraient le corps de baisser plus ou moins violent, une ou deux rangées de dents, un escadron d’ongles féminins vinrent me lacérer la peau. Les sueurs froides redoublèrent. J’avais le sentiment d’étouffer. L’air manquait dans ce trou sordide et claustrophobique. Sortir de là, vite, maintenant, maintenant… !!!! Barrez-vous !!!! Mes forces revirent subitement et j’envoyais valser une partie des rapaces qui tentaient de me dévorer vivant. Une demie-douzaine d’entre eux chutèrent violemment au sol et furent aussitôt piétinés par quelques uns de leur congénère voulant leur part du butin. Rétabli sur mes deux jambes mais toujours chancelant, je commençais à distribuer des patates un peu au hasard, écrasant ici une pommette, ici un abdomen, gagné par la fureur sanguinaire qui habite le Berserk tandis que la marée humaine continuait de se ruer incessamment sur moi. Ce fut seulement lorsque je levais un instant les yeux au ciel et vit distinctement le reste du groupe jouer peinard sur scène que je me dis que quelque chose clochait. J’agitais les bras en l’air, sautillant sur place, tout en continuant de repousser la foule des deux mains, et hurlant à m’en déchirer les cordes vocales : « Qu’est-ce que vous branlez, putain ?? Pourquoi vous êtes allés changer la scène de place ?? Revenez bordel, je me fais attaquer par des paquets de zombie moi ici !! »

Et puis, soudain, l’éclair de génie venu du cosmos qui éclaire parfois l’esprit du drogué au fond du gouffre : la scène n’avait pas bougé de place, c’est moi qui avait chuté dans la fosse (d’où le choc douloureux) et qui me trouvait désormais assailli par…une bande de fans en furie prêt à tout pour avoir l’honneur d’effleurer la peau du créateur. Une bande de harpies acheva de déchirer ma chemise et en vinrent aux mains pour se disputer les lambeaux. Il était temps de faire un petit point rapide sur la situation. Bon, j’étais torse poil au milieu d’une bande de tarés au cerveau rongé par la cam’ qui étaient près à m’écharper vivant pour garder une goutte de mon sang en souvenir dans un flacon. Mais tout n’était pas si sombre aux pays des merveilles. Je venais de perdre ma chemise, mais mon collier pendait toujours intact autour de mon cou, tandis que mes bottines et mon pantalon de cuir me préservaient (pour l’instant) d’une nudité complète qui n’aurait pas manqué d’en faire se pâmer plus d’une. Enfin et surtout, ô miracle, en serrant les doigts de ma main droite, je heurtais une résistance métallique. Il s’agissait de mon micro, toujours intact. J’étais encore d’aplomb pour la mêlée. Second miracle, les assauts de la foule commençaient à s’affaiblir et me laissaient presque libres de mes mouvements. Je jetais de nouveau un coup d’œil vers la scène. Une trentaine de mètres et deux cents bonshommes hystériques et avinés m’en séparaient. Bigre. Avisant une bouteille de gin dans la main d’un type à chemise à fleur en plein trip juste à côté de moi, je lui arrachais brutalement et commençais à la vider goulument. Puis, lentement, devant à chaque instant me détacher des mains qui m’agrippaient et repousser les lèvres qui me recouvraient de leur toucher et de leur musique, je me mis en marche d’un pas approximatif, visant la scène mais partant complètement sur la gauche. Le micro se porta de nouveau à mes lèvres et je repris mon « discours » là où la chute l’avait subitement interrompu. Davantage que le contenu, j’en fis rapidement varier la puissance sonore. D’abord calme et hésitantes, mes paroles devinrent de plus en plus rapides, de plus en plus fortes, de plus en plus violentes. On sentait qu’il ne s’agissait là que d’un préambule devant déboucher sur quelque chose d’explosif. Puis, lentement, subtilement, la tirade adopta l’air du son que je m’apprêtais à lancer. Celui dont Manzarek jouait le préambule depuis désormais une bonne dizaine de minutes sur son clavier électronique.

You know the day destroys the night…..

Le peu de personnes encore capables de mener l’indice sonore des paroles jusqu’à l’hémisphère sud de leur cerveau se mirent aussitôt à pousser des hurlements hystériques, que recouvraient toutefois largement le bordel général ambiant.

Night divides the day…..

Des mains toujours plus nombreuses se remirent à m’agripper et je dus de nouveau frapper un peu au hasard, cassant sans doute une ou dent dents au passage, avant de reprendre mon périple.

Tried to run, tried to hide….

Un nombre croissant de gorges se mirent à hurler. Ça n’allait pas tarder à péter de nouveau. Ptain, c’est fou ce que de simples mots mis en musique peuvent provoquer dans le cerveau humain…

BREAK ON THROUGH TO THE OTHER SIDE ! BREAK ON THROUGH TO THE OTHER SIDE ! BREAK ON THROUGH TO THE OTHER SIDE…

J’avais hurlé dans le micro comme si je prononçais mes dernières paroles face à la mort drapée de velours. Curieusement, le public devint tellement hystérique en entendant le refrain qu’ils se désintéressèrent presque totalement de moi pour entrer dans une transe personnelle, mais non moins furibonde. Les corps s’agitaient comme agités de spasmes d’agonie, les bouteilles valsaient dans les airs, les membres s’entrechoquaient. L’atmosphère se brouillait d’une trainée électrique. La suite fut un petit peu confus. Je me mis à marcher plus rapidement et comme un zombie, droit devant moi, continuant à m’adresser au micro, ne prenant même plus la peine de regarder ni où j’allais, ni où je mettais les pieds. Constatant que je tenais toujours dans ma main gauche la bouteille de gin, évidement vide depuis plusieurs minutes déjà, je la balançais machinalement derrière moi. J’ignore si je marchais 30 secondes ou 20 minutes durant, toujours est-il que je finis par me heurter violemment à un mur (je ne prenais pas la stupide précaution de regarder devant moi). Passées les secondes de rétablissement post-traumatique, je parvins à lever les yeux avec difficulté. Hum, je suis plus en état de calculer grand-chose, mais ce truc a bien la gueule de la scène…Sans que j’ai trop le temps de comprendre, deux bras plus amicaux que les précédents m’agrippèrent et me hissèrent solidement dans les airs. Une fraction de seconde plus tard, j’étais allongé sur le bord de la scène. Penché sur moi, je discernais péniblement le visage de Ray qui me donnait des petites tapes sur les joues.

« Jim, bordel, relève toi et bouge-toi le cul d’enchainer sur la prochaine !! »

Avec les plus grandes peines du monde, je me relevais tant bien que mal en titubant et parvins, après quelques secondes, à retrouver un précaire équilibre. Toujours debout et de retour à la maison. Il était temps de passer à la suite. Les premières notes jaillies de la machine de Ray m’arrachèrent un énorme sourire. Ce soir, qui sait, ce serait peut-être bien l’apocalypse…Folie et délires n’allaient pas tarder à communier ensembles dans l’atmosphère insaines de cette nuit enflammée. Il fallait laissait trainailler l’intro un petit moment, encore un peu, encore quelques instants….laisser la Verité mener les fidèles aux frontières de la folie. Montée, montée, montée…..

This is the End…..

J’entendis ma voix jaillirent et raisonner gravement dans le temple, comme une funeste prophétie. Prenez garde, brebis égarées, prenez garde…la clameur de la foule semblait s’être tue, soudainement. Peut-être savaient-ils que quelque chose qui les dépassait tous, et pourtant les concernait au plus haut point était en train de s’élever dans les airs…

Beautiful friend….

Quelques cris isolés s’élevèrent. Silence religieux (ou de mort ?). La messe noire peut débuter.

This is the End, my only friend, the End….

Sans que je le veuille, le timbre de ma voix adoptait des accents subtilement dérangeants et menaçants. Je perdis tout attachement par rapport à mon corps. Mon âme était désormais bien trop attachée à traduire la voie du destin pour se préoccuper des basses réalités matérielles.

Of our elaborate plans, the end

Of everything that stands, the end

No safety or surprise, the end

I'll never look into your eyes...again

La salle se murait peu à peu dans un silence religieux, que seuls un ou deux sifflets isolés venaient temporairement troubler. La plèbe semble comprendre qu’elle était sur le point d’entendre prononcer une vérité terrible, qu’elle savait au plus profond de son être mais qu’elle avait choisi d’étouffer sous des tonnes de ciment brut. La révélation était sur le point d’avoir lieu. Le Grand Soir ne serait plus jamais remis au lendemain.

Can you picture….

 what will be

…..So limitless and free

Desperately in need...of some...stranger's hand

In a...desperate land ?

La voix du lizard king qui prenait la parole au travers de mes cordes vocales montait et redescendait dans des accents dramatiques. Les cymbales cognaient violemment contre les murs de la salle (à moins que ce ne soit directement contre mes temps ?). Un serpent à sonnette grésillait au loin, conférant au silence de mort un caractère oppressant. La chaleur étouffante, l’étendue de sable infinie et le plafond bleuté du désert….rien d’étrange dans un tel décor, et pourtant, une sensation de gêne indescriptible agitait tous nos sens. Une force invisible était à l’œuvre. Un impalpable malaise se répandait dans l’atmosphère désertique. La nature abritait l’anti-nature. Something is going on here….

Lost in a roman...wilderness of pain

And all the children are insane….

All the children…. are insane…

Pluie acide, torrents aux eaux brunes et humidité maladive. C’est désormais la jungle asiatique qui servait de décor à la traversée chaotique dont nul ne ressortirait indemne. Marée d’arbres exotiques qui se murerait bientôt en ouragan de flammes pourpres. La chaire brulerait, les corps muteraient, la folie reprendrait bientôt tous ses droits. Pas d’autre loi que la démence, la saine démence, seule régie qui habite également tout représentant de la race humaine. Le vrombissement des hélicoptères dans les cieux sonnaient comme une ultime mise en garde. Pas d’échappatoire pour le bétail élevé en batterie. Un soleil rouge se lève.

Waiting for the summer rain !!...!

Un hurlement strident s’échappa de ma gorge tandis que je prononçais ses dernières paroles, un hurlement dont l’écho raisonna longuement dans toute la pièce, tambourinant aux portes de chaque esprit attentif. Suspendus à mes lèvres, abasourdis par l’onde de choc qui les submergeait littéralement, ils demeuraient parfaitement immobiles, retenant leur souffle, s’attendant à chaque seconde à ce que ça monte encore d’un cran supplémentaire, à ce que tout aille de nouveau crescendo. Le rythme lancinant continuait de retentir tandis que je gardais un moment le silence. Les danseurs devaient prendre un petit moment de repos.

Retour dans le désert Californien. Ho, road 66….Et si tout cela ne nous menait à rien d’autre qu’à la folie ? Chaque grain de sable reflétait l’étrangeté du soleil. Peur, terreur sourde et irrationnelle. D’autant plus dérangeante.

There's danger on the edge of town……

Ciel d’orage, éclairs à prévoir sur le no man’s land. La scène était désormais baignée d’une lueur rouge orangée en parfait accord avec le thème. Plus aucun son n’émanait du public, sur qui les spots projetaient des fugaces éclats de lumière verts et bleus, leur conférant un aspect irréel, presque fantasmé.

Ride the King's highway, baby….

Weird scenes inside the gold mine….

Ride the highway west, baby….

L’autoroute venait désormais parfaire ce décor banalement apocalyptique. Bande infinie de goudron que des machines de mort mécaniques empruntaient à une vitesse inhumaine, embarquant avec eux des capitaines déments aux buts incertains et aux pulsions destructrices. Long serpent artificiel nous menant droit vers une lumière irradiante de nature inconnue, en passant au travers les limbes du progrès technique, de la machine, de l’hors-humain. Serpentant longuement à travers le désert…un crâne aux longues cornes recourbées gisait sur une dune, la face tournée vers le ciel. La chaleur déformait l’atmosphère, qui s’agitait, se courbait et serpentait autour du voyageur. Que foutaient ces deux types, ce petit indien aux jambes défoncées et ce grand blond à la mine étrange au beau milieu du désert, sur le bord de cette foutue route ou passaient si peu de véhicules endiablés ? Pourquoi le ciel semblait-il se rapprocher lentement de nos visages ?

Ride the snake, ……….ride the snake
To the lake, ….the ancient lake, baby

 


The snake is long……seven miles……

 

Ride the snake...he's old, and his skin is cold….

 

Etrange quête du plaisir insatiable qui gouverne nos vies. Le reptile comme parabole de nos errances plutôt sourdes qu’aveugles ? Un témoin à l’esprit totalement débridé aurait sans doute pu voir de violents éclairs bleutés entourer mon corps. Nous formons une génération bien étrange, un homme nouveau forcé de se retourner le crâne pour supporter le réel. Rien ne vaut le coca cola et les voitures avec sièges en cuir de l’oncle Sam, pas vrai ? Et si la vérité était ailleurs ? Derrière les portes de la perception… Les hommes de Madison Avenue nous dévisagent du haut de la tour de guet et un fin sourire anime leur visage tandis qu’ils voient de quoi notre avenir sera fait…

The west………. is the best…..

The west…. is the best

 

America first. 50s, rebel without a cause, Eisenhower, conservatism et ménage frôlant horriblement la perfection.

 

Get here, and we'll do the rest.

 

 

 

The blue bus…..

 is callin' us…..

 

The blue bus…..

 is callin' us…..

 

Départ pour une nuit inconnue. Je ne sais qu’une chose : il n’y a rien de sympathique après le bord du monde que nous connaissons, et nous y fonçons tout droit. Sergent, faites monter ces quatre types dans la fourgonnette. Voyez comme leur tête est basse, voyez comme les menottes cisaillent leurs poignés, voyez comme l’ombre les guette…..la nuit noire n’était brisée que par l’éclairage intermittent du gyrophare bleu agressif. Prêts pour le grand saut…

 

Driver, where you taken' us ?

 

Frayeur dans le bas ventre et chaos dans les synapses. Encore du rouge, du rouge, toujours du rouge…Pourquoi cette foutue bagnole va-t-elle aussi vite ??

Pourquoi sommes-nous montés dans cette diligence anthracite ? Désormais, nous nous dirigeons tous vers le même destin…et ce dernier est entre les mains de l’homme devant qui défilent des milliers de petites bandes blanches.

Terreur noctambule.

The killer awoke before dawn, he put his boots on

He took a face from the ancient gallery

And he WALKED ON DOWN THE HALL……

 

 

He went into the room where his sister lived, and..then he….

Paid a visit to his brother, and..then he….

 

He WALKED ON DOWN THE HALL,

 

And he came to a door...and he looked inside….

 

Le temps s’était de nouveau arrêté. Cette fois-ci, la mélodie répétée en boucle par les trois bardes de l’apocalypse s’accélérait de plus en plus, adoptant un rythme endiablé, malsain, insane, dément. La foule demeurait immobile et silencieuse, hagarde, perdue dans les limbes de la prophétie qui s’évadait de mes lèvres sans que je ne contrôlasse rien. Un coup de massue spectral avait soudain frappé toute l’assistance. J’étais seul face aux vérités des bacchantes. Le cortex s’étendait à l’infini devant moi, frêle et bien trop faible face à ce déchainement de force sans limites, ses trous noirs menaçant à chaque instant de dévorer ma chair. Des bourrasques hurlantes me rejetaient presque en arrière. Je ne pouvais reculer, je savais que quelque chose se trouvait là, au cœur de l’inconnu, quelque chose sur lequel il fallait à tout prix et sans aucune concession ne pas mettre la main. On pouvait entendre les roulements de tambours frénétiques agiter les murs de la salle. La tension montait crescendo. Toutes les gorges retenaient leur souffle. Et si…

 

 

"Father ?", "yes son", "I want to kill you."

"Mother?...I want to................."

Un frisson d’horreur, de désir, de dégoût, d’amour et de folie foudroya aussitôt les milliers de corps tournés vers moi tandis que j’achevais d’hurler la fin de la tirade dans un flot strident, violent et à peine audible. Mon corps, agité de spasmes fulgurants, tomba au sol alors qu’un son strident continuait de s’élever dans les airs. Je continuais de me tordre dans tous les sens, gagné par une vigueur démente et surgie de nulle part, l’esprit et le corps éveillés les herbes médicinales, l’âme rendue folle par le tonnerre de feu dionysiaque qui venait la bombarder. Chaos, cris, cous, hurlements déchirants, éclairs d’énergie pure explosant dans tous les sens. Pluie noire, nuages d’opale, flots rouges écarlates qui serpentent dans nos têtes…Trop plein de force et de pulsions destructrices explosant dans un orage apocalyptique. Destruction, horror, horror, horror…..La cacophonie sonore, énergétique, surpuissante et destructrice implosait de tous côté, déchirait les crânes, défonçait les tympans, dérèglaient les esprits, déchiraient la surface du monde et menaçaient d’annihiler l’univers dans son essence toute entière. Ho god, make them stop !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us

C'mon baby, take a chance with us
C'mon baby, take a chance with us

And meet me at the back of the blue bus
Doin' a blue rock, On a blue bus
Doin' a blue rock, C'mon, yeaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

!!!!!!!!!!!!!!

!!!!!!

Apocalypse = Renaissance.

 

 

Puis, plus rien. Tout stoppa net, d’un seul coup. La fureur retomba en un clin d’œil, bien plus rapidement qu’elle n’était montée. Un silence de mort régnait désormais dans la salle. Seule, la petite musique lancinante perçait difficilement l’atmosphère ambiante et révèlait qu’il demeurait un peu de vie dans ce décor où s’était produit l’innommable. Je me redressais lentement, presque sans difficulté, trébuchant juste une seule fois avant de retrouver mon équilibre. Des milliers d’yeux hagards, vides, égarés dans un monde parallèle, soufflés par le chaos auquel ils venaient d’être témoins. En reviendraient-ils un jour ? Choc, épouvantable choc….Je m’adressais désormais à un public de spectres. Les âmes mutilées de ces corps étaient désormais impuissantes à les réchauffer.

Ma voix s’éleva de nouveau, d’un ton calme et glacial, contrastant, comme jamais rien ne put contraster davantage avec rien d’autre, avec ce qu’elle était une éternité plus tôt. Accents limpides et sournoisement cruels qui torturent l’oreille et l’âme du témoin. Mes yeux demeuraient rivés sur l’humanité. Rien ne serait plus jamais….différent. Les Bacchantes me suivaient à la trace.

 

This is the end…Beautiful friend
This is the end…..My only friend, the end
It hurts to set you free
But you'll never follow me
The end of laughter and soft lies……
The end of nights we tried to die…..
This…. Is…. The….. end.

 

Roulements de tambour. Dernières notes qui agonisent. Fin de la partie.

 

 

 

Par M. Swann
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 23:31

"Les quatres chevaux de l'Apocalypse ont traversé ma vie."

-Stefan Sweig

 

Ce matin, peu préoccupée, comme à son habitude, du grondement sourd s’élevant dans les entrailles du monde, ms Smith finissait de servir le petit-déjeuner (pancakes, céréales, jus d’orange) de ces cinq gosses. Mr. Barrow réglait l’autoradio de son audi en songeant au défilé de costumes de seconde main tenant tous le même discours monotone qui l’attendait au bureau. Le vieux Hank se servait son premier verre de la journée. Des enfants au sourire colgate entamaient une partie de foot dans un village paumé au milieu de la savane. Un couple de retraités préparait un Goulach dans une énorme marmite, tandis que le vent grondait contre les murs de leur maison sibérienne. Chaque atome du monde global, virtuel et fantasmé se livrait à sa folie quotidienne. Aucun d’entre eux ne pouvait pressentir la Fatalitas sur le point de frapper les côtes nippones. Il y avait eu le Tsunami ramonant le sud-est asiatique, le tremblement de terre démembrant une partie des haïtiens, l’ouragan venu souffler bien davantage qu’une petite bise aux oreilles de la Floride. Il fallait bien que la série se poursuive. Les quatre cavaliers de l’apocalypse ont cette fois-ci revêtu la forme d’une immense chevauchée noire et liquide, avant de venir semer le chaos dans le monde matriciel. La vague envoyée par on ne sait trop qui et venue d’on ne sait où fit parfaitement son office. Il faudra sans doute un certain temps avant de parvenir à extirper les derniers cadavres des décombres pour établir un bilan définitif du nombre de victimes (les hommes aiment ce genre de chiffre : plus le chiffre des corps disloqués dans l’aventure est élevé, plus ils peuvent jouir intérieurement de leur pulsion de mort). Le bilan des destructions devrait aussi prendre un certain temps à chiffrer. En revanche, il ne faudra sans doute que quelques jours pour savoir si la si providentielle énergie nucléaire va ou non raser l’empire du milieu de la carte. En revanche, il ne faudra sans doute que quelques jours pour savoir si la si providentielle énergie nucléaire va ou non raser l’empire du milieu de la carte et commencer à saigner à blanc son créateur. Mais peu importe. Des milliards d’écran diffusent déjà en boucle les images du cataclysme. La majorité des internautes ont put voir la vague noire ravager l’archipel et démembrer sans distinction hommes, maisons, femmes, usines, enfants et panneaux publicitaires. Chacun a pu sur le petit écran être le témoin des malheurs frappant la troisième puissance économique mondiale. « Déjà que c’était pas folichon avec la crise, maintenant on peut dire qu’ils vont en chier les Japonais… ». Comme d’ordinaire, chaque particule élémentaire prend quelques minutes pour exprimer sa compassion pour ses voisins nichant de l’autre côté du blog. Entre deux cuites et un devoir d’éco, l’étudiant moyen songe durant quelques instants aux désastres qui frappent désormais régulièrement son espèce. Derrière chaque lamentation se trouve, cachée, presque invisible, la même interrogation : qui seront les prochains ? On peut se consoler en songeant comment fanatiques d’un Dieu bon et tout puissant vont se démmerder pour justifier ce genre de bordel. « Les voies du seigneur sont impénétrables, mon fils. En revanche, toi.. » Hum, je m’égare. On pense aussi aux écolo-sceptiques qui vont de nouveau devoir redoubler d’habileté pour tenter de convaincre la masse de crétins scotchés par tout discours contestataire que non, la multiplication exponentielle des catastrophes naturelles , causant chaque fois des dizaines de millier de victimes, à laquelle nous assistons ces dernières année n’a strictement rien à voir avec les milliards de tonnes de particules chimiques que les fils d’Abraham, de Shiva ou de je ne sais quelle gourdasse expédient chaque jour dans l’atmosphère en bonne âme et conscience. Nous avons une prodigieuse acuité à développer d’excellents mécanismes de survie. N’importe quelle âme occidentale ayant quelques capacités de réflexions serait frappé à mort par la connaissance de tels évènements, s’il était sans cesse obligé de les garder en mémoire. Savoir que désormais, à intervalles réguliers, des foudres tout ce qu’il a de plus non divines frapperont ses semblables et pourraient même, par les miracles du progrès technique, menacer la survie de son espèce, suffirait à en couper à plus d’un l’envie de boire, de manger, de baiser et de travailler. La connaissance de la mort, du fait qu’au moment même où nous nous trouvons le cul dans un fauteuil, des centaines de milliers de pauvres types gisent sans vie dans des litres de flottes où pleurent un de leur proche figurant parmi les victimes, peut difficilement nous laisser indifférent. Qu’on aime ou non notre société, le monde et l’espèce humaine, l’apocalypse now  nous brise intérieurement. Même le pire des misanthropes vivant à poil dans une cabane de bucheron en Alaska pourrait verser une larme en ressentant la douleur infligée à ceux qui, comme lui, se composent en majorité d’eau, d’organes et de moelle. Alors on fait tout pour renvoyer ces pensées morbides derrière une petite porte de notre inconscient, là où elles ne pourront plus nous faire de mal. Alors on tire un ou plusieurs coups pour méditer sur autre chose. Alors on boit, on danse, on parle, on tchat, on joue, on se retourne la tête. Tout plutôt que de garder la présence de Thanatos dans notre esprit. A n’en pas douter, demain la lumière du soleil aura opté pour des tons un peu moins ocres.

Par M. Swann
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Lundi 13 décembre 2010 1 13 /12 /Déc /2010 23:17

« J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé… »

Antoine de Saint-Exupéry

 

 

Lorsque mes paupières commencèrent lentement à s’ébattre, la première chose que je ressentis fut un violent, rose et lancinant mal de crâne. Comme si une barre de fer s’était logée entre mes deux oreilles. Je fis un effort surhumain pour me redresser et jeter un œil au réveil. Il fallut plus d’une dizaine de secondes à mon esprit brumeux pour analyser ce que signifiaient les chiffres verts daft punk aux contours flous qui dansaient sur le cadran.

« Ho merde, il est 8h….. »

Désormais à peu près réveillé, je me redressais complètement et pressais langoureusement l’épaule gauche de Suzanne qui dormait encore, nullement dérangée par les mots que je venais de prononcer à haute voix. No reaction. Je dus la secouer un peu plus vigoureusement pour qu’elle finisse par émettre un grognement de protestation tout en se retournant sur le dos.

« Hmmmmm cestquoilebleme … ? »

« On s’est pas réveillés … ! »

« pffff.. »

Elle se redressa à son tour, bailla profondément, toussa comme un camionneur de 50 balais, ses jambes (des jambes à en faire bander Benoit XVI, je pouvais passer des heures la tête posées sur elles) sortirent de sous la couverture  et ses pieds vinrent se poser sur la moquette vert bouteille. Elle se massa lentement le visage pendant quelques instants, bailla encore avant d’aller s’enfermer dans la salle de bain. J’adorais la voir le matin au saut du lit, telle que personne d’autre que moi ne la voyait jamais : l’esprit encore un peu ailleurs, retenu pour quelques instants par les crochets de Morphée, pas maquillée, les cheveux en foutoir, la gorge encombrée par le paquet de clopes de la veille, les yeux à moitié clos….J’avais le sentiment qu’elle n’était jamais aussi naturelle (et donc que je n’étais jamais aussi proche d’elle) que dans ces moments-là. 8h05. Je devrais déjà avoir emprunté l’ascenseur  menant au 2-e étage de chez Walter Thompson depuis plus de 5 minutes. Je demeurais assis sur le rebord du matelas, a fixé le mur blanc d’un oeil éteint, l’esprit paumé dans les limbes du lever/costard/café/croissant/métro. Je finis enfin par émerger et commençais à entamer le balais habituel  que constitue l’enfilage d’un costume 3 pièces. J’étais en train de mettre fin à la brève existence d’un café au lait dans la cuisine quand Suzanne finit par descendre. Plus grand-chose à voir avec la nana qui était sortie de mon lit une demi-heure plus tôt : elle arborait sa tenue à mi-chemin entre la secrétaire coincée et la bourgeoise nympho qui me faisait craquer. Minijupe grise, cuissardes, pull marron à col roulé, lunettes en écailles, cheveux coiffés en arrière, sourire pincé et aguicheur à la fois. Effleurage des lèvres. Mordillement de la lèvre inférieure.  Valse des langues. Ma main effleure doucement son sein gauche. Un bonjour suivi d’un sourire en coin à faire fondre Vincent Mcdoom. Elle alla se servir un café à  son tour, attrapa le paquet de clopes qui trainait sur la table de la cuisine, m’en lança une, s’alluma la sienne. Les deux nuages de fumée bleutée virent se rencontrer à quelques centimètres du plafond. Nous restâmes quelques instants sans rien dire.

« Faut que j’y aille, à ce soir. »

Je smackais sa joue gauche et sortit. L’humidité exceptionnellement élevée pour la saison rendait le froid pénétrant. La brume empêchait d’y voir à plus de vingt mètres. Je me laissais tomber sur le siège avant de ma caisse, enclenchait le moteur, mit la radio (une station merveilleuse qui passait en boucle des titres de rock britanniques des 60-80s) et démarrais. La journée s’annonçait jouissive à souhait : j’étais censé rencontré les dirigeants du groupe Philip Morris à 11h pour leur dévoiler le plan de leur nouvelle camping marketing préparée par nos soins, plan dont l’existence pouvait à l’heure actuelle être assimilée à celle du papa noël ou du Dahu. J’étais censé rencontré le reste de l’équipe à 8h pétantes pour dégoter dans l’urgence un truc qui tienne la route. Etant donné que l’horloge digital de mon audi affichait actuellement 9h17, autant dire que c’était plus que mal barré. Pour éviter de stresser inutilement, je tâchais de me remémorer la soirée de la veille. Suzanne et moi fêtions nos cinq ans de vie commune. J’avais commencé par l’emmener dans un restau ultra chic, affichant les 3 C (Champagne, Chandelles, Cougar). J’étais en smoking Gant et elle en tailleur Chanel. Son décolleté m’avait empêché de garder les yeux fixés sur mon assiette pendant plus de 10 secondes durant tout le repas. Après avoir exterminé deux douzaines d’huitres, dévoré un chaperon, savourer une glace au marron, descendu plusieurs bouteilles de champagne, de rouge, de blanc et de rosé et rempli un cendrier, nous avons migré vers un bar jazzy cosy à l’ambiance bleuté et évanescente. Le saxo en fond sonore et les banquettes rétro conféraient à l’ensemble un caractère décalé et hors du temps, sans doute accru par l’alcool qui commençait à nous monter un peu à la tête.  4h passées à boire, à fumer, à nous bécoter et à mouiller devant les solos du saxophoniste noir en costume de flanelle plus tard, nous terminions cette soirée en apothéose en nous étreignant comme jamais dans le bon vieux lit conjugal. Soirée mémorable. J’aimerais pouvoir revivre ça dès ce soir. Enfin non, dès maintenant. C’est plus fort que moi. Chaque fois que je viens de vivre un moment de bonheur intense, je ne peux m’empêcher d’éprouver la plus profonde mélancolie. Parce que cet instant heureux mais fugace appartient désormais au passé, ne vivra jamais plus que dans ma mémoire. Le seul moyen de lui conserver un souffle de vie est de m’acharner à entretenir cette dernière intacte. Et qui sait si les fleurs nouvelles que constituent l’avenir ne seront pas moins belles, plus ternes, moins colorées que celle-ci ? Sacrée nature pessimiste qui reprend toujours le dessus…Feu rouge. Feu vert. Croisement. Stop. Je vais vraiment être à la bourre.  Un coup à subir le courroux de l’hippopotame bleu ciel qui danse en tutu sur Piccadilly Circus. Tiens, le voilà d’ailleurs, à tous les coups on va encore bouffer de la choucroute ce soir. Mais qu’est-ce que je raconte moi ???Moi…moi….m…….

 

MmmmH. La lumière du jour inondait mon visage et m’empêchait d’ouvrir totalement les yeux. Quel rêve étrange. Je me redressais lentement tout en baillant à plusieurs reprises. Le soleil de juillet baignait l’ensemble de la terrasse d’une douce et verte lueur. Les oiseaux gazouillaient. Un insecte produisait un bruit indescriptible qui aurait été chiant comme la pluie dans tout autre contexte mais qui, dans ce cadre idyllique et rowlingien, s’accordait avec le Tout et murmurait doucement au creux des oreilles. A. émit un profond soupire à côté de moi, du type de ceux que l’on émet lorsqu’on est à mi chemin entre le pays de Morphée et le monde de Descartes, et se retourna en embarquant avec elle la moitié de la couverture. Si vous n’avez jamais fait l’expérience de dormir sur une terrasse au cœur de l’été, avec des plantes grimpantes au balcon et une petite blonde aux yeux bleus dans votre lit, je vous recommande chaudement d’essayer. Rien que pour les 10 secondes qui suivront votre réveil. Voyant qu’elle ne se décidait pas à émerger complètement du sommeil, j’entrepris de l’y aider un petit peu. Je me penchais vers elle et lui soufflais doucement dans le cou. Elle se mit à rire. Ma langue vint caresser son oreille. Elle continua de glousser. Mes lèvres vinrent ensuite se poser sur sa joue et entamèrent une longue traversée d’un désert au goût fruité tandis que ma main glissait vers son bas-ventre. La suite ne doit pas être relatée aux enfants. Une demie-heure plus tard (j’étais tenté de mettre 4 heures mais vous auriez pensé que je me fais copieusement mousser) je prenais un café crème long accoudé sur le rebord de la cuisinière. A. trainait en mini short et en débardeur gris (les fringues qu’elle met toujours pour dormir), une clope à moitié consumée dans une main et une immense tartine beurrée (elle faisait presque sa taille) dans l’autre. Ses cheveux étaient plus qu’en pagaille et ses yeux encore gonflés de sommeil. Une vraie petite nymphette. A croquer sur place. Nabokov aurait adoré.

« T’as prévu quoi aujourd’hui ?? »

Sa voix de bariton raisonnait dans tout l’appart’. Et je vous raconte pas quand elle rigolait. De quoi filer à n’importe qui l’envie de l’étrangler. Et à moi, l’envie de la serrer contre ma poitrine et d’embrasser ses cheveux jusqu’à en perdre la notion du temps.

« Boarf, je sais pas trop. Bosser sur mon bouquin…. »

« Tu me feras lire ce soir ???? »

Elle m’avait déjà posé cette question quinze mille fois et connaissait déjà la réponse, ce qui ne l’empêcha pas de la formuler le plus sérieusement du monde avec son plus beau sourire.

« Comme je te l’ai dit hier, avant-hier et avant avant-hier, non. » répondis-je en feignant d’être irrité.

« Mais pourquoi ??? » elle sourit de plus belle.

« Never show a work in progress comme disait Steve au bord de la lagune fantasmatique dans le plus beau film qui ait jamais été réalisée. Et puis….y a des passages un peu trash, jpeux pas montrer ça à une petite fille…. »

« Pfff, t’es con ! » dit-elle en riant.

« T’as pas un ou deux apparts pourris à refiler à un coupe de petits vieux innocents aujourd’hui toi, petite chose ? »

« Hum si, d’ailleurs je ferai bien de me bouger, la visite est prévue à 12h30 et il est….. »

Elle écrasa sa clope dans le cendar’, engloutit le reste de sa tartine d’une bouchée et fonça dans la salle de bain sans finir sa phrase.  Sacré ptit bout de femme. La question de la journée semblait devoir être la suivante : l’attrait de la chaise longue posée en plein soleil sur le balcon et de la bouteille de ricard posée juste à côté seraient-ils plus forts que celui de la machine à écrire ? Faudrait aussi penser à donner un coup de balais, l’appart devenait de plus en plus dégueulasse…Ne surtout pas compter sur A. pour tout ce qui touche aux tâches ménagères. Même sa cuisine est dégueulasse. Mais elle a des pieds magnifiques. Y a des jours où tout parait plus simple. Il en faut peu pour être heureux...(à chanter sur le même air que Balou). Où la vie ressemble un peu moins à une pièce de Ionesco. Dommage qu’il y ait toujours cette foutue peur que tout se barre subitement en couille. Est-ce que c’était vraiment une bonne idée d’accorder un retour en grâce à Dorian Gray ??

Je laissais mon regard dériver par la fenêtre. Le spectacle de la ville rose finissant de s’éveiller dans un concert de couleurs aurores me rappela le poème Zone d’Apollinaire. A la fin tu es las de ce monde ancien…ça aussi, c’est de l’absurde poussé à l’extrême. Pourquoi faut-il toujours que je gâche les petits moments de bonheur les plus simples par des envolées surréalistes ?

« Bon je file jsuis super en retard !!!! »

A.      venait d’émerger de nouveau dans la cuisine, habillée à la hâte, avec son chemisier bleu légèrement décolleté (un de mes préférés), ses ben simon qui avaient vécu et son éternel sac en cuir marron complètement défoncé. Elle me smacka rapidement la joue et disparut par la porte d’entrée. J’eus à peine le temps de lui crier :

« Et surtout n’oublie pas que mieux vaut tenir que courir !!! »

Je ne saurai pas si ça l’a fait rire. Demeuré seul dans l’appart’ témoin, je me laissais tomber sur le canap’. A la fin tu es las de ce monde ancien. Bergère ô Tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin. Tu en as assez de vivre dans l’Antiquité greco-romaine…Les voitures se succèdent dehors dans un concert de klaxonnes . La fenêtre donne sur une ruelle calme pourtant … Encore un coup de ces enfoirés de rhinocéros. Faudra bien que quelqu’un finisse par leur montrer de quel bois Zabanaiev se chauffe à ces connards. ça y est je divague moi…Au fait, il est déjà neuf heures là ???

 

Clignements de paupières. Battements de cils. Bâillement. Quelques secondes de flottement, durant lesquelles on n’a encore pas la moindre idée de qui l’on est, du lieu où l’on se trouve, et de quoi  la journée qui s’annonce va bien pouvoir être composée. Rien que la brume électrique qui plafonne toute réflexion. Enfin  la grosse clef en platine finit par déverrouiller la porte menant à la conscience et les pensées entrèrent dans mon cerveau comme un troupeau de fermiers couillons dans un moulin. J’étais encore en costard-cravate. Je m’étais assoupi sur le couvre lit de ma chambre d’hôtel, paris 5. Je m’étirais longuement et me levais péniblement, lissant les plis que le sommeil avait formés sur mon costard. Un coup d’œil à ma montre. 18h37. Elle ne devrait plus tarder…Je fis quelques pas hasardeux sur la moquette bordeaux. Y a pas à dire, entre le fauteuil second empire et le lit deux places à rebords dorés, cette chambre avait vraiment de la gueule. Je finis par me diriger vers la porte-fenêtre, l’ouvrit en grand, sortit sur le petit balcon. Le bruit de la ville pénétra aussitôt mon univers, s’engouffrant par la brèche que l’ouverture des double-vitrages venait de dessiner. Moteurs, klaxons, dialogues et grondements se mêlaient dans une cacophonie intemporelle. Les bataillons de nuage conféraient au ciel une teinte grisâtre qui se mariait avec délice avec les toits des monuments parisiens. Il allait sûrement pleuvoir. Après être demeuré pensif quelques minutes, accoudé à la rambarde du petit balcon, je refermais la fenêtre et retournais m’assoir sur le rebord du lit. Toc toc. Je me levais pour ouvrir.

« Salut.. »

« Salut ! »

Elle portait un tailleur vert pomme et un foulard bleu opale. Ses joues étaient légèrement rosies par le froid. Ses lèvres n’avaient rien perdu de leur pulpe. Ses cheveux bruns tombaient, rigide, juste au-dessus de ses épaules. Son sourire était perdu quelque part entre la gêne, la joie et la retenue. Après quelques secondes de flottements, mes lèvres se posèrent rapidement et à deux reprises sur ses joues fraîches comme la pluie qui commençait tout juste à tomber au dehors. Je la laissais entrer. Elle posa son manteau sur un fauteuil et resta debout au milieu de la pièce.

« Tu veux quelque chose à boire ? »

« Quelque chose de chaud. »

Je lui servis une tasse de chocolat chaud. Elle s’assit à son tour sur le rebord du lit et trempa lentement ses lèvres dedans. Je demeurais debout, le regard oscillants entre la tasse, ses yeux et sa poitrine (mais chuuuut !).

« Tu comptes rester combien de temps ? «  demanda-t-elle d’un air détaché après une ou deux minutes de silence.

« Je ne sais pas, une semaine, pas plus. »

Elle poussa un soupir discret, presque inaudible.

« Et ton bouquin, c’en est où ? »

« Quasiment fini….mais ça fait quelques temps déjà que je bloque sur la fin. »

« Ha oui ? Comment ça ? »

« Je sais pas comment l’histoire se termine…si la vie poursuit son chemin ioenescien ou si tout se barre en couilles. »

« Je peux décider, moi ? » elle sourit franchement, pour la première fois depuis son entrée dans la pièce.

« Je sais pas…enfin, d’une certaine manière ça dépend de toi.. »

Elle se leva.

« Clémentine », repris-je, « je… »

Elle posa son index sur mes lèvres avant que je n’ai le temps de finir.

« Tais-toi. La pièce est trop courte pour ça…. »

Mes lèvres s’approchèrent doucement des siennes.

Une heure plus tard, même décor, un peu plus sombre toutefois à cause du crépuscule qui abat lentement son voile sur la ville-lumières, même personnages, allongés l’un en face de l’autre sur le lit toujours non défait.

« Je n’ai pas envie que tu partes… » murmurais-je en effleurant sa joue avec ma main gauche.

« Moi non plus…mais ça ne dépend pas de nous. »

« Bien sûr que si. »

« Non. Ça nous dépasse. Tu le sais. Nos atomes sont tellement semblables que les chocs deviennent inévitables. On se comprend tellement bien qu’on ne peut pas vraiment s’entendre. Enfin, pas pour l’instant…Quand nous nous retrouverons ….ho, je sais plus…. » ses iris se perdirent dans les motifs du plafond victorien.

« Parfois, » repris-je après quelques minutes de silence, « je fais un rêve, enfin, c’est souvent le même. Il se passe toujours la même chose. Je m’engueule avec toi, pour une connerie, je sais jamais trop laquelle, et comme toujours dans ces cas là je m’enferme chez moi avec des trucs pleins la tête, je les crache sur le papier et je me saoule jusqu’à pas d’heure. Mais pendant la nuit, y a des types bizarres qui rentrent dans ma chambre...je ne m’en aperçois pas parce que je suis en train de cuver mais je peux les voir d’un œil extérieur, comme si j’étais quelqu’un d’autre qui contemplait la scène depuis le plafond. Ils me foutent une machine bizarre avec plein de câbles et de boutons sur la tête, ils la relient à un PC portable et ils restent là pendant plusieurs heures, la lumière allumée…ils sont en train d’effacer mes souvenirs. Enfin pas tous. Ils effacent certaines choses de mon esprit. Et tu en fais partie. C’est drôle, ils ont l’air vachement détendu, comme s’ils n’avaient pas du tout conscience de la force de ce qu’ils sont en train de faire : y en a un des deux qui s’enquille des bières, qui fait l’amour avec sa nana par téléphone…. »

Elle sourit et m’appuya légèrement sur le front en riant.

« Y a vraiment des trucs pas nets dans cette boite crânienne ! »

« Hum, attends, c’est pas fini. Le matin évidemment, je ne me souviens de rien. Ni de ce qui s’est produit pendant la nuit, ni de tout ce qu’ils m’ont enlevé du crâne. Tu as totalement disparu. Et je ne peux pas m’en rendre compte. La seule chose qui me trouble, c’est que j’ai le sentiment d’avoir une sorte de vide dans le crâne. Mais je ne comprends pas à quoi c’est dû. Après, c’est toujours un peu flou…le rêve part un peu en couilles, il se passe des trucs différents à chaque fois (un coup je prends des champis avec des lapins bleus homophobes, un autre…bref) mais je finis toujours par retomber sur toi par hasard. Ça se passe plusieurs années après. Et tu as également tout oublié. Evidemment, on s’entend tout de suite super bien…et c’est là que ça s’arrête. Alors, à chaque fois que je me réveille, je me pose la même question… »

« …comment une histoire pareille va finir ? Qu’est ce qui se passe quand deux êtres qui se connaissent déjà parfaitement sans le savoir se rencontrent ? »

Nouvelle pause. Nouveau silence. Nouvel arrêt sur image.

« Je t’aime, Clémentine. » dis-je dans un murmure à peine audible.

Elle sourit de nouveau.

« J’ai un truc pour ne pas me perdre… »

« Je sais. »

« C’est pour retrouver les autres que je suis pas doué. »

« ça aussi je le sais… »

« Tout va bien se passer. »

« Oui…. »

« Je comprends jamais grand-chose, mais j’ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi ça ne pouvait pas être plus simple.. »

« T’inquiètes, je serai là pour chialer quand tu descendras de la muraille par 45 degrés pour aller te faire empaler par un blondinet imberbe ! »

« Je comprends rien à ce que tu dis parfois… »

« Hum, c’est ptêtre parce qu’on est dans un rêve ? »

« Nan, dans mes rêves t’as des plus gros seins ! »

« Pffff, connard ! »

*soupire*

« Te perds pas en route….je t’attendrai à la gare. Dans quelques temps… »

« J’attendrai…je m’achèterai des moonboots et une parka doublée rien que pour ce moment… Ha, et puis j’essairai de plus chialer devant Bambi…»

Elle fouilla quelques instants dans son sac à main, en sortit un paquet de winston light, m’en tendit une, alluma la sienne.

« N’empêche…j’ai trop peur. » acheva-t-elle en expirant sa fumée, la voix se heurtant contre les derniers mots.

Je lui pris délicatement le poignet.

« Je t’aime. Rendez-vous à Vladivostok. »

Et puis, tout s’est mis à tourbillonner. D’abord lentement, puis de plus en plus vite, pour atteindre l‘allure d’une spirale infernale à tendance kaléidoscopique (mais si, vous savez bien, ces saloperies ultra colorées à foudroyer sur place un épileptique qu’on mate quand on est gosse à défaut de pouvoir prendre des ecstas). Je flotte dans un espèce de tunnel bleuté un peu comme celui que traverse le faucon millénium en vitesse lumière. Ça continue de tourner, tourner, tourner…..

*BAM BAM BAM BAM*

Les basses raisonnaient dans la pièce indigo/rose électrique/argentée et cognaient contre les murs jusqu’à les faire trembler. Mes tempes déjà sévèrement battues par les lyres se mouvaient au rythme du tam tam électronique. Rien de plus primaire et sauvage que la musique de boite. Je jetais un œil à ma montre et parvint, malgré ma vue trouble, à distinguer la paire d’aiguilles dansant elles aussi pour indiquer 2h30 du matin. J’avais dû m’assoupir momentanément à ma table, mon verre de sky encore à la main.

« BON ALORS ? QU’EST-CE QUE TU FOUS ? TU VIENS ?? »

Elle avait beau hurler, la voix de margot ne parvenait que très difficilement jusqu’à mes tympans. Voyant que mon temps de réaction approchait celui de la tortue tricentenaire rhumatisante, elle finit par s’impatienter et me saisit le bras pour me relever et m’embarquer sur la piste de danse. Plus de la moitié des mecs que l’on bousculait en passant zieutaient son décolleté avec gourmandise. Elle vida un énième verre de vodka pomme et commença à se déhancher, son chignon acheva de se délier et ses cheveux noirs se mirent à danser autour de son visage. Nos corps s’enlacèrent, se délassèrent, entamèrent un balais frénétique. Ambiance plus que chaotique : électro, alcool giclant de tous les côtés, hommes et femmes s’agitant, sautant, se roulant des pelles ou se prenant contre les murs, rails de coke et lumières explosives. L’orgie prenait la forme d’une bacchanale antique ou d’une cérémonie chamanique : sono possessive et dérangeante, individus en transe, ambiance irréelle, vision troublée par l’ivresse dûe tant à l’alcool qu’au délire collectif. Les paroles de Mr Oizo résonnent comme un verdict final : « Vous êtes des animaux. » Ma langue effleure à maintes reprises celle de Margot, vient titiller ses lèvres, mes dents mordillent doucement le lobe de son oreille. Sa main s’approche de mon bas ventre tandis que les miennes viennent pelotter ses fesses. Toute notion de pudeur a disparu, partout les couples de baladins s’échauffant sous le ciel se livrent au même cérémonial. « Vous allez crever… ». Un peu comme un bal des pendus, avec moins de squelettes et davantage de vêtements (encore que…). Le temps semble s’arrêter. Tout du moins, je perds toute notion de celui-ci. Les minutes s’écoulent comme des secondes, l’univers perd de sa réalité, l’atmosphère n’a plus rien de tangible, seuls  demeurent le crescendo sonore qui oblige mon corps à se mouvoir frénétiquement et le corps de Margot dont la chaleur m’enivre encore davantage que les grammes de liqueur mêlés à mon sang. La transe s’estompe subitement. Des potes de Margot nous foncent droit dessus, nous enlacent et filent se faire un rail dans les chiottes. Margot a davantage envie de nicotine et me traine vers la porte. Partout, les images se mêlent, se déforment, s’entremêlent et jouent à cache-cache derrière les poteaux pour gogo danseuses. Mon regard vacille. Le monde me semble tout sauf naturel. Lentement, un flot d’émotions bien connu émerge parmi les flots de ma conscience ivre. Toujours cette sensation de ne pas voir le monde comme les autres. De vivre différemment. L’impression que l’impact qu’ont sur moi les évènements est en décalage par rapport à ce qu’il devrait être. Une vision artistique. Un cœur ouvert à une myriade de grésillements. Surtout, un besoin vital de dresser un pont avec d’autres esprits féminin sur lequel courraient les  pensées et passions qui mettent un sacré bordel à l’intérieur. De partager cette vie intime. De décrire à une autre conscience les émotions que fait naître à la chaine mon cœur hyperactif. De s’épancher auprès d’une âme sœur. D’épancher cette soif d’émotions toujours plus fortes, de proximités presque fusionnelle, de parlote existentielle. Mais ces ponts sont soit aussi réels que la chatte de Vincent Mcdoom, soit d’une facture merdique. Et les nymphes s’en retournent très vite danser dans la forêt qu’elles trouvent tellement plus attractive que le maelstrom chaotique que forme mon moi intérieur…

« ça va ??? T’as l’air ailleurs…que je te vois plus toucher à un verre avant une heure ou deux ! »

« C’est l’hôpital qui se fout de la charité… »

Elle gloussa en entendant ma remarque et manqua à trois reprises de s’étaler par terre tant elle peinait à marcher droit. La porte s’ouvrit brusquement et l’air frais raviva aussitôt mon esprit. Une multitude de petits points orange brûlants scintillaient dans la nuit. Les songes et les formes se bousculaient dans ma tête bien trop étroite pour contenir de telles nuées. Mes yeux s’attardèrent sur le visage de Margot. J’ignore pourquoi, mais elle m’avait toujours fait penser à une indienne effarouchée. Enfin, maintenant que j’y pense, c’est surement dû aux sortes de peinture de guerre jaune poussin qu’elle arborait sur la photo où je la vis pour la première fois. Les sons émis par les cordes vocales des dizaines de personnes nous entourant se mêlaient en une sorte de grondement sourd inaudible. La nuit était fraiche. Comme chaque fois en soirée, le temps était changeant.

 

« Gary ?.....Gary ? »

Je clignais des yeux et secouais la tête pour retrouver la réalité tangible. La bise sifflait doucement sur mon visage et offrait un rafraichissement bienvenu au cœur de cette nuit de début d’été. Mon costume 3 pièces made in Savile Row et ma cravate en soie effleuraient ma peau d’un toucher charnel. Les deux mains appuyées sur la rambarde de la grande et luxueuse terrestre du premier étage d’une villa non moins luxueuse, je laissais mon regard se perdre dans l’horizon formé par les toits de Los Angeles endormie. Enfin non, la ville des anges ne dort jamais pour de bon… La voix douce et langoureuse qui venait de me tirer de ma torpeur appartenait à une jeune femme blonde, aux yeux troublants et aux cheveux longs et ébouriffés comme le sont ceux de toutes les femmes perturbantes. J’avais rarement vu des yeux comme ceux-là : son regard était à la fois happeur, enjoué, amusé et légèrement inquiétant. On pourrait se perdre dans ses iris et se noyer dans ses pupilles. Sa robe de soirée sortie de l’atelier d’un grand couturier contrastait avec son allure nonchalante et les dizaines d’énormes bracelets qui s’entrechoquaient à ses poignées. Une prophétesse tout droit sortie de l’Antiquité grec. En rupture total avec la ribambelle de femmes parfaites au sourire frident qui peuplaient cette soirée champagne/smoking/havanes tenue par Mr Dehay.

« Pardonnez-moi si je vous dérange, vous aviez l’air de vous ennuyer alors j’ai soudain éprouvé l’envie irrésistible de venir m’ennuyer avec vous. »

Son sourire était encore plus surréaliste que ses yeux.

« Hum, j’aime m’enivrer de l’atmosphère nocturne….ce silence qui est pourtant tout sauf silencieux, ces insectes inconnus qui émettent un bruit quasiment imperceptible au loin, cette sensation de calme, de plénitude absolue, cette absence de couleur on ne peut plus colorée… »

Je vidais ma coupe de champagne avant d’achever :

« …et puis surtout, je savais que si je m’isolais un peu une femme merveilleuse viendrait et m’enlèverait au cœur de la nuit… »

Je ponctuais ce discours volontairement bateau et niais à souhait par un grand geste lyrique de la main en direction de l’horizon. Elle rit.

« Vous devriez tenter d’écrire, avec une prose aussi …rosée. »

« C’est ce que je fais. C’est même mon gagne-pain. Je suis écrivain. »

« Hoho ! Marrant, avec votre brushing impeccable j’aurais plutôt misé sur publicitaire ou financier… »

« Vous m’insultez, là …. »

Rire, de nouveau. Quelques secondes passèrent, silencieuses. J’allumais une lucky.

« Et vous êtes….. ? »

« Peintre. D’art abstrait. »

« Deux artistes drapés dans des fringues hors de prix et réunis sur le balcon d’une villa californienne huppée, quand je dis que le monde part en couille… »

« Pfffff, donnez-moi plutôt une cigarette ! »

Frôlement de sa main contre la mienne. Ses lèvres s’entrouvrent, sa clope s’y insère, ses maisnse placent en coupe au bout de celle-ci. Clic. Léger grésillement. La fumée bleuté s’évada lentement de ses lèvres pour monter se perdre dans le noir.

« De quoi parlez-vous ? »

« Heu, pardon ? »

« Dans vos romans, je veux dire. »

« ça dépend…du monde…enfin, du monde telle que je le vois. En fin de compte c’est surtout de moi que je parle…et d’un tas de trucs souvent assez glauques. »

« Ho, poète torturé ? »

« Arrêtez un peu de vous foutre de ma gueule ! »

Dis-je en souriant avant de reprendre.

« Non, mais disons que j’ai du mal à croire en l’avenir...en notre avenir…enfin, au mien surtout. Mais pas seulement. »

« Et pourquoi ça Mr Bukowski ? »

« J’ai comme le sentiment que nous touchons à la fin d’une époque. Que nous approchons d’un point de non-retour. Que tout va bientôt basculer et que nous n’avons pas la moindre idée de ce qui nous attend par la suite, si ce n’est un immense flou noir et indéchiffrable. Les sociétés naissent et meurent depuis la nuit des temps, les empires brillent au zénith et s’effondrent comme des châteaux de carte…de même, l’âge d’or que nous avons vécu touche à sa fin…l’ère qui naquit dans les années 30 et vécut son apogée dans les années 50, patchwork d’hommes en costumes impeccables, manteaux camel et chapeaux Stetson, de whisky top qualité servi au travail, de secrétaires jeunes, pétillantes, et à forte poitrine, de cigarettes foisonnant un peu partout, de voitures œuvre d’art, de secteur tertiaire, de buildings haut de plusieurs centaines de mètres, de rock’n roll, de nuits folles, d’optimisme, de croissance économique, de classe, de tromperies et de trahison, de malheurs dont la moitié ne sont jamais arrivés, d’un monde multiforme et toujours changeant, de femmes qui rendent toujours plus accros, de swinging London, de vestes croisées…Tout ça est peu à peu en train de disparaitre. Et j’ignore dans quel océan nous allons désormais nous aventurer… »

« …..Waow…Hé ben, on voit que vous êtes payés pour trouver vos mots ! »

Nos regards restèrent figés l’un dans l’autre durant plusieurs secondes. Jamais vu des yeux aussi noirs que ceux-là. De quoi se noyer au moins autant que dans sa chevelure….

Un oiseau gazouilla au dehors. La pleine lune baignait la terrasse de ses rayons minuit. Elle me donnait envie de lui raconter tout un tas de choses. Nous appartenons à la nuit bien plus que celle-ci ne nous appartient…Elle ne m’avait pas encore dit son nom. Tiens, d’ailleurs, comment avait-elle appris le mien ? Jusqu’à ce que le monde s’arrête de tourner…..

Les ombres ne sont pas de sortie ce soir.

Etoiles brûlantes et acérées.

Mais scintillantes, aussi.

Les rêves nous révèlent la face cachée de la lune.

Ses jambes blanches se découpaient au milieu des ombres et auraient presque pu la faire apsser pour une apparition.

Un fennec cria dans la lointain, les plantes bruissèrent sous la caresse du vent. Ses yeux allaient jouer à cache-cache jusqu’au petit matin. Ses romaines allaient me faire tourner la tête. Le bleu est enivrant comme jamais.

Il se faisait tard. Nous ferions mieux de rentrer.

Par M. Swann
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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 23:14

"Je suis un pacemaker en panne."

-Frédéric Beigbeder

 

Mouais….

C’est tout ce qui me vient à l’esprit quand j’essaye de prendre un minimum de recul et de réflexion par rapport à moi-même. Plus ça va, plus mon existence me semble vaine. Je sais pas, c’est comme s’il manquait un truc. La mèche qui permet d’allumer le pétard. Le détenteur qui permet de faire partir le coup de feu. Enfin nan, c’est naze comme allégorie, ça suppose que tout se résume à une seule action, à un seul évènement, alors qu’il s’agirait plutôt de donner du punch à mon existence dans son ensemble. Il n’y a rien de plus difficile que de trouver une raison valable au fait de se lever le matin. C’est fou comme tout peut paraitre vide quand on prend le temps d’y réfléchir… Fou aussi à quel point il peut être dur de n’aimer rien de plus au monde que de faire du commerce de pensées et d’avoir aussi peu d’occasions de le faire. Meÿline s’est barrée, Sophie est à un peu plus d’un demi milliers de kilomètres, les autres n’en ont au mieux rien à péter  et sont au pire une belle tripotée de plantes vertes. C’est dingue comme notre perception du monde peut varier d’une heure (voir d’une minute dans un cas extrême) à l’autre. Ha, Narcisse… Je crois que nous sommes tous à quelques exceptions près horriblement dépendants des autres. N’avoir personne à qui parler de ses problèmes métaphysiques à 11h du soir est un drame humain absolument navrant. Tout est tellement plus simple en compagnie de sa chacune…L’horizon parait moins terne, l’aurore plus rose, le crépuscule plus nébuleux. Il est incroyablement rassurant, lorsque l’on n’a pas la moindre idée de là où l’on va, d’avoir la certitude que l’on s’y rend en bonne compagnie. Regrets, regrets, regrets….Un sentiment de perte et de nostalgie qui semble immortel. Et puis toujours autant de peurs….enfin non, toujours plus. Pas drôle. Dur, dur d’être un bébé. Il y a aussi le problème que constituent toutes ces choses qu’on ne peut vraiment faire  qu’à deux : un pique-nique près de l’eau, une ballade sur les quais de Seine, un voyage à Venise, une bataille de coussins sur le canap’, prendre un pop corn X size, décliner une soirée, manger des suhis, faire du tandem (haha), s’engueuler, mater des programmes à la con, puis plein d’autres trucs que tu peux pas faire tout seul. Enfin tu peux, mais c’est badant. Jveux dire, t’es toujours en train de penser « je fais ça en solo parce que j’ai pas trop le choix ». Youpi. Au petit jour on quittait l’Irlande, et devant nous s’éclairait la Lande…J’aurais voulu que ça se passe autrement. Surtout, je veux pas que ça finisse comme je crains de plus en plus que ça ne finisse. C’est même pas envisageable. Plutôt crever direct. Dingue que ça me paraisse à ce point inaccessible alors que c’est la chose la plus conne et la plus naturelle du monde…Peut-être que j’aime tant les Teen Movies parce que je n’ai jamais été un « teen ». Enfin non, pas peut-être, sûrement. Comment peut-on vivre en passant à côté de la moitié du vivant…Dans un cas pareil on ne peut pas parler « d’un seul revers », faudrait plutôt dire un putain d’énorme problème (ouais, c’est moins classe, je sais). Je sais même plus quoi faire. Si l’on devait trouver une situation pour caractériser  l’expression venue dederrières les falaises de Douvres, « lost in translation », la mienne conviendrait à la perfection. Paumé au point de ne même plus savoir par quel point commencer à penser. Sans avoir la moindre idée du premier problème qu’il faudrait commencer par s’acharner à résoudre. Au point de ne même plus être capable de penser. Au point de n’avoir rien de mieux à foutre que de coucher texto sa pensée sur un clavier AZERTY (tiens, pratique à écrire ça, sans blagues). Ha que c’est badant…Enfin, j’aime bien les monologues, le seul problème c’est que l’autre a tendance à ne pas beaucoup répondre. Est-ce qu’on peut vraiment appeler ça de l’ennui ? Je dirais plutôt de la vanité. Rien n’a vraiment de sens quand on ne vit que pour soi-même. Tout acte qui n’est pas relié à une tierce personne est comme dénué d’intérêt et de profondeur. Se faire la cuisine tout seul, c’est naze. Presque autant que chialer dans le train qui te ramène entre les montagnes. Elle aurait quand même été sacrément géniale….Ses lunettes en mode intello fashion, son côté garçon manqué, sa langue plus que bien pendue (une qualité récurrente chez toutes celles que j'aime bien, marrant.), ses seins aussi, évidemment..sa profondeur, surtout (sans arrière pensée, bande de ptits dégueulasses.). M'enfin, vaut mieux plus trop y penser. Ce serait cool d'être comme tout le monde. Surtout, ma promenade au bord de la Seine, en hiver, avec du Clapton en fond sonore, des flocons de neige, un Latte Caramael Machiato dans la main droite et un manteau façon Brad Pitt dans le film sur Jesse James sur les épaules, je l'aurais bien faite avec sa main à elle dans ma main gauche. Tant pis. Le hasard peut commencer par faire bien les choses et finir par tout foutre en l’air. C’est con. Presqu’autant qu’un membre du Tea Party en campagne ou qu’un Boulogne Boy en plein match. Si je m’endors maintenant, ça sera mieux demain matin ?

Par M. Swann
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